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Cameroun : le flou s’épaissit autour de la reprise du barrage de Bini à Warak

A l’arrêt depuis 2019 à la suite du départ de Synohydro, le projet de barrage de Bini à Warak, annoncé pour redémarrer en 2025, reste plongé dans l’incertitude, malgré les assurances du gouvernement.

Publiée vendredi 6 février 2026 à 15:51:14Modifiée vendredi 6 février 2026 à 15:51:15Temps de lecture 5 minPar EcoMatin

Barrage hydroélectrique de Bini à Warack. Travaux à l’arrêt.

Près de sept ans après l’arrêt brutal du chantier, le barrage hydroélectrique de Bini à Warak, dans la région de l’Adamaoua, demeure plongé dans un épais brouillard. Alors que les autorités avaient annoncé, en 2024, une reprise des travaux en 2025, aucune avancée concrète n’est visible sur le terrain. Cette situation a conduit le maire de Ngaoundéré à interpeller, le 13 janvier dernier, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, lors du lancement du budget 2026 de l’État et des autres entités publiques. Face à cette préoccupation, le membre du gouvernement a reconnu l’existence de blocages d’ordre financier, tout en se voulant rassurant. « Il y a juste eu des problèmes avec le bailleur de fonds, mais ces problèmes vont être réglés », a-t-il déclaré, sans toutefois préciser de calendrier.

En attendant la relance de Bini à Warak, le Ministère des Finances met en avant la stratégie gouvernementale d’interconnexion des réseaux électriques afin de soulager, à moyen terme, les difficultés d’approvisionnement dans l’Adamaoua. « Au niveau du gouvernement, nous travaillons à créer une connexion des réseaux électriques, ce qui permettra de transférer le surplus disponible dans certaines régions vers celles insuffisamment desservies. Relier le réseau interconnecté Nord (RIN) et le réseau interconnecté Sud (RIS). L’énergie sera mise dans un pot commun, et l’Adamaoua n’aura pas nécessairement besoin d’un barrage sur son territoire pour bénéficier de l’électricité », a expliqué le ministre.

Lire aussi: Cameroun : le flou s’épaissit autour du projet de construction du barrage de Bini à Warak, lancé en 2017

D’une puissance projetée de 75 MW et d’un coût initial estimé à 182 milliards FCFA, le barrage de Bini à Warak devait constituer l’un des piliers de la sécurisation de l’approvisionnement électrique dans les régions septentrionales. Le chantier a toutefois été stoppé en 2019, après le retrait de Synohydro, adjudicataire initial, qui avait pourtant achevé les travaux préparatoires entre 2017 et 2019. Selon des sources proches du dossier, ce départ est lié à des désaccords sur le montage financier et aux défaillances du principal bailleur de fonds, Industrial and Commercial Bank of China(ICBC). La défection de cette banque a ouvert la voie à l’entrée en scène de la Banque mondiale et de la Banque islamique de développement, sans que les financements ne soient rapidement sécurisés, plongeant le projet dans une impasse prolongée.

Savannah Energy, un portage sous conditions

En 2023, le gouvernement camerounais a confié le projet à l’entreprise britannique Savannah Energy, avec l’engagement de débloquer 20 milliards FCFA pour relancer les activités. Mais là encore, la dynamique peine à se matérialiser. Dans son rapport annuel 2024, Savannah Energy PLC indique qu’elle « prévoit de réduire d’environ 50 % sa participationdans le projet Bini à Warak avant la clôture financière, afin d’introduire de nouveaux partenaires en fonds propres ». L’objectif affiché est de renforcer la structure du capital et de sécuriser la solidité financière du projet avant la phase de construction. Cette perspective alimente toutefois les interrogations sur la capacité réelle du nouvel opérateur à porter seul un projet aussi capitalistique, dans un contexte où les financements extérieurs restent à consolider.

Lire aussi: Cameroun : cinq barrages collinaires en gestation pour booster l’agriculture et l’élevage dans le Nord

La reprise de Bini à Warak devait s’inscrire dans une dynamique plus large de développement hydroélectrique dans l’Adamaoua, avec la construction annoncée de deux nouveaux barrages sur le fleuve Djerem, pour une puissance cumulée de 300 MW. Ces projets, confiés à Electricity Development Corporation (EDC), ont été repensés à la suite des études menées par le cabinet ISL, recruté en juillet 2024. Celui-ci a proposé de scinder l’aménagement en une usine de pied de 50 MW à Mbakaou et un grand aménagement de 250 MW en aval.

À terme, l’ensemble de ces infrastructures devrait permettre de tripler, voire quadrupler, les capacités actuelles des régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord, aujourd’hui principalement alimentées par le barrage de Lagdo (75 MW) et les centrales photovoltaïques de Guider et Maroua (environ 64 MW).

Lire aussi: Rachat de Globeleq Cameroon : l’État fait jouer son droit de préemption face à Savannah Energy

Ces projets s’inscrivent dans l’ambition nationale de valorisation d’un potentiel hydroélectrique estimé à 20 000 MW, avec pour objectif de porter la capacité installée de 1 000 MW actuellement à 5 000 MW à l’horizon 2030. Mais tant que le flou persistera autour de Bini à Warak, ce chantier emblématique restera le symbole des fragilités structurelles du financement des grands projets énergétiques au Cameroun.

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