Face au déficit de financement de l’activité de collecte et de ramassage des ordures ménagères, le gouvernement camerounais envisage de faire contribuer financièrement tous les ménages, selon le principe du pollueur-payeur. Une option défendue le 7 mai 2025 par Célestine Ketcha Courtès, ministre de l’Habitat et du Développement urbain, lors d’une table ronde consacrée au financement des déchets urbains en marge des états généraux sur la gestion des ressources en déchets.
Selon le membre du gouvernement, il faut diversifier les sources de financement au-delà des subventions directes de l’État, des droits d’accises qui existent ou encore des projets soutenus par des bailleurs de fonds internationaux. « Les techniciens vont nous dire comment faire pour mettre en pratique le principe de pollueur-payeur, car nous sommes tous d’accord que nous sommes des pollueurs. Il faut qu’on trouve une formule : peut-être par des factures d’eau, les factures d’électricité…Il faut rapidement qu’on ait des solutions et des sources pérennes. Nous avons la chance que dans certaines communes, on paie déjà 2000 FCFA », a déclaré le membre du gouvernement.
La proposition de la Minhdu s’appuie notamment sur les pratiques déjà mises en œuvre à Dschang et Yaoundé 5ᵉ, où les maires Jacquis Kemleu et Augustin Balla affirment avoir instauré, avec l’accord des populations, une contribution de 2 000 FCFA par trimestre et par ménage. Une mesure qui d’après ces élus locaux, « fonctionne à merveille » et réconforte la Minhdu dans sa position. « Pourquoi les ménages paient l’électricité, l’eau, internet (vous voyez dans une famille, il n’y a pas d’argent, mais on a le téléphone et ils paient le rechargement), et ne doivent-ils pas payer le prix du service des ordures dont ils sont producteurs ? » , s’est interrogée le ministre. Soulignons tout de même que cette proposition sur une éventuelle charge supplémentaire aux ménages est faite dans un contexte déjà marqué par l'inflation et les difficultés d'accès des à l'eau potable , à internet et les perturbations d'énergie électrique malgré le paiement des factures mensuelles.
Il convient de rappeler que l’État du Cameroun subventionne la gestion des ordures par deux canaux, à savoir la subvention directe et moyennant les droits d’accises. Toutefois, il se trouve que le pays fait face à des contraintes qui amènent le Trésor public à disposer de moins de 30 milliards de Fcfa par an au profit de 14 communautés urbaines voire 360 communes pour régler cette question cruciale. Bien plus, sur la question des droits d’accises, le décret de répartition signé le 24 juillet 2023 par le Premier ministre Joseph Dion Ngute n’était finalement pas une panacée.
La raison, d’après Philippe Camille Akoa, Directeur général du Feicom ; banques des collectivités territoriales décentralisées (CTD), il s’observe un blocus au niveau du Trésor. En effet, indique ce haut cadre, la mise à disposition des fonds aux bénéficiaires ne suit pas toujours après le dépôt des virements. L’on apprend qu’une fois logé au Compte unique du Trésor (CUT), l’argent n’appartient plus à une entité spécifique, mais il est débloqué en fonction des priorités, dont les unes peuvent se révéler plus sensibles que d’autres.

