Pour la neuvième année consécutive, le Cameroun s’achemine vers une révision du budget en réponse à la guerre au Moyen-Orient. Cette possibilité d’un collectif budgétaire a été évoquée par le ministre des Finances (Minfi), Louis Paul Motaze, dans un entretien accordé au quotidien national Cameroon Tribune, à la suite de sa participation aux Réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, tenues à Washington du 15 au 20avril dernier. « Au niveau de l’équipe du Cameroun, on a commencé à réfléchir parce que pour des soucis de transparence, il sera peut-être nécessaire qu’on propose au chef de l’Etat de réviser le budget ; ce qu’on appelle la loi de finances rectificative pour tenir compte de ce qui se passe », indique le membre du gouvernement.
Effet de la guerre au Moyen-Orient
Pour ce dernier, la décision s'appuie sur une déconnexion entre les prévisions initiales et la réalité des indicateurs actuels du marché. Ainsi, deux facteurs majeurs imposeraient cette révision : la volatilité des cours des hydrocarbures et la résurgence des pressions inflationnistes. « Nous avions un prix de référence de pétrole qui n’est plus tout à fait la même chose. Nous espérions aller vers une inflation qui allait déjà vers 3 %. Ça risque de déraper un peu sur ce plan-là. C’est pourquoi nous sommes en train de réfléchir sur ce qu’il y aurait lieu de faire pour avoir un budget toujours équilibré et qui tienne compte de la conjoncture », explique-il.
A en croire Louis Paul Motaze, cette orientation découle d'un scénario pessimiste exposé lors d'un Comité monétaire et financier stratégique à Washington. Cette instance de haut niveau, réunissant notamment les gouverneurs de la Réserve fédérale des États-Unis (Fed) et des Banques centrales de France, d’Angleterre et du Japon, a lancé une alerte sur une « zone de turbulence » imminente. Les grands argentiers mondiaux redoutent une instabilité majeure des marchés financiers, alimentée par l'escalade des conflits au Moyen-Orient, elle-même à l’origine de l'envolée des cours du baril de pétrole et une résurgence des tensions inflationnistes qui menacent de fragiliser durablement les économies à faibles revenus.
Les principaux postes visés
Adopté à 8 816,4 milliards FCFA, le budget 2026 du Cameroun pourrait être revu à la hausse. En cause : la flambée des prix du pétrole, qui dépasse largement les hypothèses initiales. Alors que la loi de finances tablait sur un baril à 62,38 dollars et des recettes pétrolières en baisse à 523,7 milliards FCFA, le brut s’échange désormais autour de 100 dollars. Cet écart ouvre des marges budgétaires supplémentaires, mais pourrait nécessiter un collectif budgétaire pour intégrer ces recettes inattendues.
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Parallèlement, les perspectives d’inflation se dégradent. Après 3,4 % en 2025, le Cameroun risque de s’éloigner davantage du seuil communautaire de 3 % fixé par la CEMAC. Sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie liée aux tensions au Moyen-Orient, le pays pourrait rester au-dessus de cette norme pour la cinquième année consécutive.
Subvention des carburants
Au-delà des recettes, l’enveloppe des dépenses (initialement fixée à 6 210,5 milliards FCFA (+10 %) pourrait également être revue à la hausse afin d’atténuer les effets de la guerre. Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, appelle toutefois à la prudence : il faut « y aller doucement avec certaines décisions telles que les subventions, etc., parce que ça peut créer beaucoup de distorsions ».
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Cette position suggère un possible ajustement de la stratégie budgétaire. En effet, la loi de finances reposait sur l’hypothèse d’un « retrait de la subvention des prix des hydrocarbures à la pompe, au regard du faible niveau du cours mondial du baril de pétrole projeté à 62,38 dollars en 2026 ». Avec la hausse actuelle des prix, ce scénario pourrait être remis en cause.
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Autre enjeu : la mobilisation des financements extérieurs. Le Cameroun doit encore lever 585 milliards FCFA sur le marché international, après une émission réussie de 750 millions de dollars (environ 415 milliards FCFA) à Londres. Mais cette stratégie reste dépendante du climat financier mondial. Citant son homologue saoudien, Louis Paul Motaze prévient : « si les attentes de certaines parties ne sont pas bien réglées dans un délai suffisamment court, il est clair que les marchés financiers ne vont pas se sentir à l’aise tant que la guerre peut repartir ». Dans ce contexte, le pays pourrait être amené à revoir à la baisse ses ambitions de financement sur les marchés internationaux.
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