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Cameroun : le Premier ministre ordonne le maintien du contrat de SGS au Port de Douala

À l’issue d’une réunion de crise convoquée à Yaoundé, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a mis fin au bras de fer qui oppose le ministre des Finances Louis Paul Motaze et le Directeur général du Port Autonome de Douala Cyrus Ngo’o, autour du scanning des marchandises au port de Douala-Bonaberi.

Publiée jeudi 29 janvier 2026 à 19:32:03Modifiée jeudi 29 janvier 2026 à 19:43:14Temps de lecture 4 minPar EcoMatin

Joseph Dion Ngute, Premier ministre du Cameroun

Le Premier ministre camerounais, Joseph Dion Ngute, a tranché. À l’issue d’une réunion de crise tenue ce jeudi à Yaoundé, le chef du gouvernement a ordonné le maintien du contrat liant l’État du Cameroun à la Société générale de surveillance (SGS) pour les opérations de scanning des marchandises au port de Douala-Bonaberi. Cette décision met un coup d’arrêt à la tentative du Port autonome de Douala (PAD) de substituer l’opérateur suisse par Transatlantic D. SA.

S’exprimant au journal de 20h de la CRTV, le ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè, a rappelé que le différend trouve son origine dans « un contrat signé en 2015 par le gouvernement de la République, représenté par le ministre des Finances, avec la Société générale de surveillance ». Selon lui, si la convention initiale est d’une durée de dix ans, son effectivité est conditionnée à l’installation du quatrième scanner, intervenue en 2022. « C'est de là où naît la date à partir de laquelle on peut compter les dix ans », a-t-il précisé, soulignant que le contrat de 10 ans court ainsi jusqu’en 2032. Et d’insister sur le fait que l’autorité compétente pour résilier un contrat signé par le gouvernement reste le « gouvernement lui-même ». En conséquence, a-t-il souligné, il ne revenait pas au Port autonome de Douala d’annuler unilatéralement cette convention.

L’affaire

Cette mise au point intervient dans un contexte de fortes tensions institutionnelles autour de la généralisation du « 100 % scanning » des marchandises, annoncée par le PAD à l’issue de son conseil d’administration du 26 décembre dernier. Dans la foulée, l’entreprise portuaire dirigée par Cyrus Ngo’o avait acté le retrait de SGS et l’attribution du marché à Transatlantic D. SA à compter du 1er janvier 2026. Une décision immédiatement recadrée par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, qui, dans un courrier daté du 29 décembre, avait demandé au DG du PAD de « s’en tenir strictement aux dispositions du Contrat d’Inspection par Scanner conclu avec SGS le 2 mars 2015 », rappelant que le scanning relève « exclusivement des compétences de la Douane camerounaise ».

La présidence dit non à SGS, le PM dit oui

La controverse avait pris une autre dimension avec l’intervention de l’Autorité portuaire nationale (APN). Le même 29 décembre, son directeur général, Willie Tsanga Mba, avait homologué le partenariat entre le PAD et Transatlantic D. SA, validant au passage une nouvelle grille tarifaire pour les opérations de scanning, aussi bien à l’import qu’à l’export. Ce soutien du régulateur portuaire avait ouvert un bras de fer inédit avec le ministère des Finances, sur fond d’enjeux de souveraineté fiscale, de sécurité nationale et de gouvernance portuaire.

Lire aussi : Cameroun : chronique d’un bras de fer annoncé entre le ministre des Finances et le Port Autonome de Douala

Face à cette cacophonie, la réunion présidée par Joseph Dion Ngute a réuni l’ensemble des parties prenantes : ministères des Finances et des Transports, direction générale du PAD, SGS, Douanes, ainsi que le ministre de la Communication, président du conseil d’administration de SGS Cameroun. Selon le ministre des Transports, le Premier ministre a été formel : le contrat de SGS, signé par le gouvernement « doit se poursuivre jusqu’en 2032 ». Toute éventuelle évolution du dispositif, y compris l’intégration d’un nouvel opérateur, devra désormais suivre les circuits institutionnels.

« Quand bien même il y aurait une modification à apporter, par exemple intégrer un autre opérateur, en l'occurrence Transatlantic D SA, il ne revient pas au Port autonome de Douala de signer avec l'opérateur, mais de porter ses desiderata à l'autorité tutelle technique, tutelle financière », martèle le ministre des Transports.

Désaccords entre la Présidence et le Premier ministre

L’arbitrage du Premier ministre intervient toutefois dans un contexte de forte dissonance au sommet de l’État. Selon plusieurs sources concordantes, une réunion tenue il y a quelques jours à la Présidence de la République avait acté le principe d’un retrait de SGS au profit de Transatlantic D. SA, dans la perspective de la généralisation du “100 % scanning” des marchandises. Une orientation qui semblait alors tranchée au plus haut niveau de l’exécutif. La décision annoncée ce jeudi par le chef du gouvernement, en faveur du maintien du contrat liant l’État à SGS jusqu’en 2032, introduit donc une lecture opposée, révélatrice de divergences internes sur la gouvernance du dispositif de contrôle douanier, et prolonge l’incertitude autour de l’opérateur appelé à piloter un levier stratégique de sécurisation des recettes et de souveraineté portuaire.

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