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Présidentielle Cameroun 2025

Cameroun : l'économie prise dans la tourmente post-électorale

Agences bancaires attaquées, stations-service incendiées et pillées, marchés et commerces paralysés… Les violences post-électorales qui secouent plusieurs villes plongent l'économie dans l'œil du cyclone, confirmant les inquiétudes exprimées par plusieurs agences de notation internationales face au risque politique.

Publiée mercredi 29 octobre 2025 à 10:20:40Modifiée jeudi 30 octobre 2025 à 10:23:36Temps de lecture 5 minPar Jean Omer Eyango

Des manifestants face à la police

Le marché central de Mbouda, chef-lieu du département des Bamboutos et l'un des plus importants de la région de l'Ouest, a été entièrement incendié ce matin du 28 octobre par des manifestants s’opposant à la victoire de Paul Biya, déclaré vainqueur de l'élection présidentielle du 12 octobre, avec 52,66 % des voix. Dans cette ville, réputée pour le dynamisme de son activité économique, plusieurs commerces ont été pris pour cible et des véhicules de transport en commun incendiés. Le bilan officiel, qui s'annonce lourd, n'a pas encore été communiqué. Ces événements s'inscrivent dans la continuité du climat post-électoral qui règne dans plusieurs villes du Cameroun depuis le dimanche 26 octobre, veille de la proclamation des résultats, date à laquelle l'opposant Issa Tchiroma Bakary, arrivé deuxième avec plus de 33% des voix et revendiquant sa « victoire volée », avait appelé la population à descendre massivement dans la rue pour « défendre son vote ».

Lire aussi : Présidentielle 2025 : la carte électorale du Cameroun se recompose

Malheureusement, ces manifestations, qui se voulaient pacifiques au départ, ont très vite dégénéré en chaos. À Douala, la capitale économique réputée frondeuse, où plus d'une demi-douzaine de manifestants ont trouvé la mort en 48 heures, le péril que fait peser la crise post-électorale sur l'économie se précise. Le bilan pourrait être sans précédent si un retour au calme n'est pas obtenu rapidement. Outre les marchés, fermés depuis le 26 octobre, plusieurs secteurs d'activité sont paralysés, sous l'effet des destructions et pillages dans de nombreux quartiers. Le secteur de la distribution des produits pétroliers est progressivement touché par des ruptures. Deux stations-service du marketeur public Tradex, filiale de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), ont été sauvagement vandalisées et pillées. La direction générale a rappelé lundi soir que cette entreprise, qui emploie plus de 2 000 personnes, constitue « le patrimoine de la République du Cameroun et de ses citoyens ».

Neptune, Tradex, Congelcam visés

Deux stations-service de l'opérateur privé Neptune Oil ont également été saccagées. Lundi, la poissonnerie Congelcam Dakar, l'une des plus importantes de Douala, située dans le 3e arrondissement, a été pillée. Les services financiers n'ont pas été épargnés : l'agence Société Générale (SG) du quartier Saint-Michel a été pillée, les guichets automatiques éventrés, et des sont importants ainsi que des ordinateurs emportés. Malgré le renforcement de la sécurité autour des banques, ce climat de terreur oblige celles-ci à rester portes fermées. Par ailleurs, dans les heures qui ont suivi la proclamation des résultats, des personnes « pour l'instant non-identifiées », selon un communiqué du ministère des Travaux publics, ont incendié plusieurs moteurs et bâtiments de l'entreprise canadienne Magil sur le chantier de la pénétrante Est de Douala, connu pour ses retards chroniques.

Cet autodafé, prévient l'administration, ne sera pas sans répercussions au-delà des seuls bâtiments et moteurs incendiés. Elles devraient aller d'une augmentation des coûts pour supporter les dommages causés, à une rallonge des délais contractuels de livraison de ce chantier long d'à peine 8 kilomètres et qui en cours depuis 2018. Ce 28 octobre, en début d'après-midi, une boutique de Cogeni, l'un des dirigeants de la distribution des matériaux de constitution au Cameroun, a été incendiée. L'effet de contagion de cette crise se fait sentir dans plusieurs villes de la région de l'Est. Une troisième station-service de Neptune a été incendiée à Garoua-Boulaï, près de la frontière avec la République centrafricaine. À Batouri, où les premières manifestations ont eu lieu hier, la station Total Energies a été vandalisée et pillée. À Bertoua, la capitale régionale, des assaillants ont tenté de forcer l'accès à l'agence CCA-Bank avant d'être repoussés par les forces de l'ordre. Une station Total Energies et l'agence commerciale de la Cameroun Water Utilities (CAMWATER), société publique en charge de la distribution de l'eau, ont également été prises pour cible.

À Yaoundé, le péril économique réside surtout dans la paralysie. Stations-service, marchés, commerces alimentaires et ventes à emporter… presque toutes les surfaces sont conservées fermées lundi, notamment dans les quartiers périphériques du centre-ville. La psychose règne malgré le fait que les manifestations, qui avaient une mobilisation relative et épargné l'essentiel des quartiers, ont rapidement été étouffées. L'une des grandes inquiétudes de la crise dans la capitale politique à trait aux multiples chantiers routiers lancés peu avant les élections et qui sont tous à l'arrêt. Sur les chantiers, engins et ouvriers ont tous levé le camp et les tronçons de routes concernés abandonnés dans toute leur laideur. À Garoua, Maroua et Ngaoundéré dans le septentrion, ainsi qu'à Bafoussam et Bafang à l'Ouest, l'activité tourne également au ralenti après les violentes manifestations enregistrées.

Agences de notation

En attendant le bilan chiffré des violences, incendies et saccages d'infrastructures publiques, le Cameroun se retrouve dans l'œil du cyclone économique, confirmant les inquiétudes exprimées par plusieurs agences de notation internationales face au risque politique. Fin juillet, Moody's a maintenu la note de solvabilité à long terme du Cameroun à « Caa1 » avec une perspective « stable », tout en présentant un « risque politique élevé ». Fitch Ratings et S&P avaient déjà exprimé leurs inquiétudes en mai, identifiant la présidentielle de 2025 comme « un facteur de risque majeur en raison des incertitudes liées à une possible transition politique délicate ».

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