Le contexte de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 au Cameroun n'a pas affecté que le seul secteur privé. Si ce dernier a subi de plein fouet les contrecoups de la crise postélectorale, l’État a, pour sa part, pâti de la prudence des opérateurs économiques avant même ledit scrutin. Dans un entretien accordé au quotidien national Cameroon Tribune, le ministre des Finances (Minfi) Louis Paul Motaze souligne que ce climat d'incertitude a empêché l'atteinte des objectifs de recettes fiscales pour l'exercice précédent, alors même que les dépenses publiques ont largement excédé les prévisions initiales.
Lire aussi : Loi de finances rectificative : le Cameroun projette une hausse de 5,7% de son budget 2025
Pour le membre du gouvernement, « il y a de bonnes choses, même s’il y a certains points, comme certaines dépenses, qui ont dérapé du fait des élections et l’attentisme qu’on note très souvent pendant la période électorale. Attentisme qui a fait que les recettes fiscales n’ont pas atteint le niveau escompté. Nous avons eu à peu près 200 milliards FCFA en moins ».
Lire aussi : Cameroun : la dette publique progresse de 2,6% à fin septembre, mais reste en dessous du seuil d’alerte
À noter que la loi de finances rectificative du Cameroun pour l’exercice 2025 tablait sur des recettes fiscales de 4 257,8 milliards FCFA, représentant 79% des recettes globales projetées. Toutefois, sur la base des chiffres révélés par le Minfi, l’État n'aurait donc finalement collecté qu'environ 4 060 milliards FCFA, soit un taux de réalisation de 95,4 %. Malgré cet écart par rapport aux objectifs fixés, ce résultat affiche une progression de près de 60 milliards FCFA en glissement annuel. Par contre, les dépenses globales de l’État, initialement projetées à 5 698,3 milliards FCFA, ont manifestement excédé les prévisions au regard du « dérapage » évoqué par Louis Paul Motaze. Dans l'attente de la compilation des données officielles, cette tendance laisse déjà présager un important déficit budgétaire pour l'exercice 2025.
Lire aussi : Eurobonds : le Cameroun lève 415 milliards FCFA à 10,125 % sur le marché international
Pour rappel, selon une évaluation faite en janvier par le Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam) ; la plus grande organisation patronale du Cameroun, le choc économique enregistré par le secteur privé est majeur, la crise postélectorale a entraîné une réduction moyenne du chiffre d'affaires de33,5%, correspondant à une perte directe estimée à 202,2 milliards FCFA, soit environ 0,6% du PIB projeté en 2025. À elle seule, la ville de Douala a concentré près de 80% de ces pertes, avec un manque à gagner quotidien évalué à 22,4 milliards FCFA durant la période critique. Au total, 94% des entreprises impliquées déclarent avoir été affectées, directement ou indirectement, par les événements.
Lire aussi : Cameroun : plus de 200 milliards FCFA de pertes pour les entreprises après les tensions post-électorales (GECAM)

