Le projet de loi de finances 2026 de l'Etat du Cameroun, actuellement en examen au Parlement, fait apparaître un retour en force spectaculaire des comptes d'affection spéciale (CAS) projetés à 132,5 milliards Fcfa, en augmentation de 65,6 milliards par rapport à 2025. Cette enveloppe est en augmentation de +98,1 % par rapport à 2025 où elle ne représentait que 66,9 milliards Fcfa. Cette avancée globale confirme l'importance accordée à ces instruments dans l'orientation stratégique des dépenses publiques, mais elle apparaît parfaite en contradiction avec le choix du gouvernement de 2020 de supprimer quatre CAS logés aux ministères de l'Agriculture, de l'Administration territoriale et de l'Enseignement supérieur. La raison ? Ceux-ci dépendaient exclusivement des subventions émises du budget général de l'Etat. Or, la loi portant régime financier de l'Etat de 2018 oblige chaque CAS à fonctionner avec des ressources générées par l'activité de son secteur de mise en œuvre.
En tête du peloton, le Fonds spécial pour l'autonomisation économique des femmes et la promotion de l'emploi jeune, doté d'un budget de 50 milliards Fcfa, occupe désormais une place centrale. Ce mécanisme avait été dévoilé par Paul Biya dans son discours d'investiture du 6 novembre dernier, marquant la volonté affichée de renforcer l'inclusion économique et la participation des jeunes et des femmes à la vie productive, même s'il ne s'agit en rien d'une mesure inédite. Cette orientation s'inscrit en effet dans la continuité du Plan spécial jeunes, mis en place par le chef de l'État en 2017 et doté d'une enveloppe de 102 milliards Fcfa. Le bilan de programme spécial n’a jamais été rendu public. Juste derrière, les fonds dédiés à la reconstruction des zones sinistrées, scindés dans le cadre du budget 2026. Le Fonds pour la reconstruction de l'Extrême-Nord bénéficie de 37,1 milliards Fcfa, un montant inédit. Celui destiné aux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest est doté de 12,9 milliards Fcfa et va servir à la poursuite des investissements dans les infrastructures essentielles, les services sociaux de base et la revitalisation des économies locales affectées par la crise anglophone.
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Dans les segments plus techniques, mais tout aussi stratégique, le Fonds de développement du secteur de l'électricité créé en 2020, obtient 15 milliards Fcfa comme en 2023. Le compte d'affectation spéciale pour la production des documents sécurisés de transport, au cœur de plusieurs réformes administratives, bénéficie quant à lui de 8 milliards Fcfa, un montant destiné à renforcer la fiabilité des titres de transport et la lutte contre la fraude, en place depuis 2020. orientés vers l'environnement, la sécurité et les infrastructures de base. Le Fonds national de l'environnement et du développement durable et le Fonds des activités de sécurité électronique affichent chacun 1,5 milliard Fcfa, tandis que l'enveloppes attribuées au compte d'affectation spéciale pour le soutien au développement du tourisme et des loisirs atteint 1 milliard.
Dans la même catégorie, les secteurs de l'eau et de l'assainissement ou du développement postal se voient attribuer des plafonds relativement modestes de 900 millions Fcfa. Plus bas dans la hiérarchie, les financements dédiés à la protection de la faune (500 millions Fcfa) et à la culture (200 millions Fcfa) apparaissent comme les parents pauvres de ce projet de loi de finances, même si les enjeux de conservation et de valorisation culturelle restent au cœur de plusieurs politiques publiques. Quant au Fonds spécial de développement forestier, doté de 3 milliards Fcfa, il se stabilise dans un contexte où les organisations de la société civile critiquent encore la transparence dans l'exploitation des concessions.
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En remontant cette pyramide budgétaire par le haut, le projet de loi de finances 2026 offre ainsi une lecture claire des priorités gouvernementales : l'inclusion économique, la reconstruction des zones vulnérables, la stabilisation énergétique et la sécurisation administrative dominant largement les fonds spéciaux. Reste désormais à en suivre la mise en œuvre, souvent pointée comme le maillon faible de ces instruments financiers.

