Après avoir mis en place l’an dernier une garantie souveraine de 200 milliards Fcfa pour les prêts bancaires en faveur des entreprises des secteurs public (30%) et privé (70%), le gouvernement du Cameroun a procédé le 31 mai dernier, au lancement de la Stratégie nationale de développement du secteur financier (SNDSF). Ce nouvel instrument dont la mise en œuvre nécessite la mobilisation de 86 100 milliards Fcfa à l’horizon 2030 vise, d’après le ministre des Finances (Minfi) Louis Paul Motaze, la facilitation de l’accès au financement des moyennes, petites et moyennes entreprises (MPME) à travers la future Société de gestion des fonds de garantie de cette catégorie d’entreprises, l’implémentation de la loi sur le crédit hypothécaire dont le but est de permettre aux biens immobiliers de s’échanger librement et sans entraves, mais aussi, la réforme du Crédit Foncier du Cameroun (CFC) qui permettra d’amplifier les crédits immobiliers et, par conséquent, le financement plus aisé de toutes les chaînes de valeur concernées par le secteur de la construction et des travaux publics.
Défis et obstacles
En effet, les MPME qui représentent 98% des entreprises camerounaises, signe du dynamisme de ce secteur, font face au défi de l’accès aux financements, et plus particulièrement les financements de long terme. Les chiffres officiels font état de ce que, malgré tous les mécanismes mis en place jusque-là, y compris la garantie mentionnée supra dont l’objectif était de conforter les banques et établissements de microfinance relativement au financement des micros, petites et moyennes entreprises, moins de 20% des prêts formels sont accordés à cette catégorie d’entreprises. Le diagnostic du système économique et financier, réalisé par le gouvernement avec l’appui de la Banque mondiale et de l’Union européenne, pointe « un manque de profondeur du secteur financier, la faiblesse de l’inclusion financière et de l’accès au financement, la faiblesse du financement de long terme, un déficit en matière de réglementation, l’inefficience de certaines institutions publiques de financement et, une innovation financière balbutiante ».
Le ministère des Finances estime dans le même temps que le sous-secteur de la microfinance, pourtant essentiel à l’économie pour ce qui est de l’inclusion financière, est en repli au Cameroun « après des années fastes ». A preuve, entre 2015 et 2021, les comptes ouverts dans les livrets des établissements de microfinances (EMF) ont cru de 11% alors que sur la même période, les comptes ouverts dans les banques ont augmenté de 210%. Ce repli s’observe également dans la capacité de ces établissements à collecter l’épargne qui est devenue marginale (moins de 10%). « Si cette situation s’explique en partie par la transformation en banque de certains établissements de microfinance, elle s’explique également par des fragilités structurelles. La gestion des risques y est peu performante comme en témoigne leur taux de prêts non performants, plus élevé que celui des banques, la modestie de leurs fonds propres, l’inexistence d’un mécanisme de refinancement, mais aussi des problèmes de gouvernance.
La conjoncture sécuritaire dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord a également contribué à la fragilisation de certains de ces établissements », explique le Minfi. Pour faire face à ces enjeux, la SNDSF suggère une réorganisation du sous-secteur afin de le remettre sur le chemin de la profitabilité et de la rentabilité. D’après Louis Paul Motaze, ceci suppose une restructuration des EMF déficitaires ou insolvables et la création d’une centrale de trésorerie nationale afin de pallier le problème du refinancement, un renforcement de la gouvernance et de la supervision de ces établissements afin de les rapprocher des normes internationales en vigueur dans le secteur financier. La finalité de ces réformes c’est une amélioration de la croissance, qui sous-tend généralement un mieux-être des populations.
Ce qui va changer avec la SNDSF
Le gouvernement admet que la trajectoire de croissance actuelle n’est pas satisfaisante au regard de la vision d’un Cameroun émergent à l’horizon 2035. Après un taux plus bas de 0,5% en 2020, la croissance camerounaise a redémarré et s’est établie à 4% en 2023 après 3,6% en 2021 et 3,8% en 2022. Pour 2024, les prévisions officielles la situent à 4,2%. En suivant la trajectoire actuelle, cette croissance ne pourrait se situer qu’entre 5 et 6% en 2028. Le gouvernement fonde beaucoup d’espoir sur le fait que la mise en œuvre des principaux piliers de la SNDSF, qui est partie intégrante de la SND-30, aura à terme un impact sur la croissance. Il s’agit, notamment, de la loi sur le crédit hypothécaire, dont le but est de stimuler le marché de l’immobilier en faisant du bien immobilier un produit économique échangeable sans entraves, du repositionnement institutionnel du Crédit Foncier du Cameroun pour en faire un fournisseur de liquidités de longue maturité aux établissements de crédit, ce qui aurait pour effet de généraliser le crédit immobilier et de l’amplifier, et de l’avènement de la Société de gestion des fonds de garantie aux MPME, afin de les soutenir auprès du système bancaire et élargir ainsi le caractère inclusif de la croissance induite par la SNDSF.
Les gains attendus par les autorités publiques dans le scénario le moins favorable se chiffrent à 2,3 points de croissance additionnelle par an, une fois que ces trois piliers seront opérationnels. « Par conséquent, la mise en œuvre des mesures contenues dans la SNDSF devrait accélérer la croissance économique nationale en lui faisant passer le cap des 7 % nécessaires à l’ambition de l’émergence à l’horizon 2035 », conclut le Minfi. Le gouvernement souhaite, du reste, que les MPME camerounaises disposent d’un large panel d’options relativement à leur financement. Cet impératif est indispensable pour assurer leur croissance, car, à cette phase elles ont d’importants besoins en financement long. Le capital investissement apparait ici comme étant un mécanisme adapté à ce besoin particulier en ce qu’il permet aux entreprises d’accéder à des financements dont la maturité oscille entre 3 et 10 ans.

