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Cameroun : les défis du gouvernement en prélude à l’interdiction d’exportation des grumes

Le Cameroun tend progressivement vers l’interdiction de l’exportation des bois sous forme de grumes vers le marché international. Cependant, les chiffres disponibles au ministère des Forêts et de la Faune(Minefof) ne rassurent pas encore sur la capacité du pays à assurer pleinement la transformation locale du produit à l’échelle industrielle une fois que la décision d’interdiction entrera strictement en vigueur.

Au  terme de la 38e session ordinaire du Conseil des ministres de l’Union économique et monétaire de l’Afrique centrale (UEAC), tenue le  28 octobre 2022 à Yaoundé; capitale politique du Cameroun, les 06 pays de la Cemac (Cameroun, Gabon, Congo, Guinée équatoriale, Tchad et RCA) ont convenu de reporter la décision d’interdiction d’exportation du bois sous forme de grume à une date ultérieure.  L’entrée en vigueur de cette mesure était initialement prévue le 1er décembre 2022 puis le 1er janvier 2023. La décision vise certes à booster la transformation locale du bois estimée à environ 36% contre 64% pour les exportations, mais l’état actuel des choses au Cameroun n’augure pas (encore) de bonnes perspectives si elle venait à prendre corps dans un an. Jules Doret Ndongo, le ministre des Forêts et de la Faune(Minfof) de passage à la radio nationale le 13 janvier 2024, a fait l’autopsie du secteur.  

La situation telle que présentée par le membre du gouvernement confirme que, bien que la transformation du bois soit une importante source de revenus et de création d’emplois, l’industrie locale au Cameroun tarde à éclore. Pour preuve, « nos statistiques au ministère révèlent qu’en ce moment, nous disposons de 309 unités de transformation du bois opérationnelles sur l’ensemble du territoire. 145 se limitent à la 2e transformation (bois hydrauliques, assemblés, etc.,) 46(13%) se limitent à la 3e transformation (c’est la plus importante ; celle qui crée la richesse (contreplaqués, meubles, portes, etc. », fait savoir Jules Doret Ndongo.

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Face à cette faible disponibilité des unités de transformation du bois(UTB), le pays de Paul Biya continue d’importer des meubles en agglomérés des pays Occidentaux qui, très souvent, ne produisent même pas du bois. Avec l’interdiction d’exportation des grumes, le pays  qui a opté pour une avancée progressive compte tenu de l’impact négatif sur les recettes qu’entrainerait l’arrêt brusque d’exportations des grumes, est tenu de relever  un grand nombre de défis avant la date projetée. « Pour 2024, environ 45 essences se sont ajoutées aux 31 qui étaient déjà listées depuis 1999 et depuis 2018 ; donc nous allons progressivement. Nous pensons en 2025, ajouter encore un autre nombre d’essences dont l’exportation sera limitée. A un moment donné, nous allons atteindre la  phase où, quasiment, il n’y aura plus de listes d’essences dont l’exportation est autorisée et dont, toutes les essences seront transformées sur place. Pour cela, il faut davantage d’investissements en termes d’industries de transformation (scieries ; etc.), il faudra que les voies d’accès aux zones économiques spéciales crées par le Minepat et le Minmidt existent ; que l’électricité soit disponible et à coût abordable ; que la formation des jeunes Camerounais appelés à travers dans ces unités soient assurée », reconnaît Minefof.  

Autant dire que c’est tout le gouvernement qui est concerné par cette question transversale. Les chiffres officiels font état d’une capacité installée d’environ 2 000 MW à date pour une projection de 5 000 MW en 2030. En plus, selon le Rapport de l’enquête sur le climat des affaires dans le secteur industriel produit par le ministère de l’Economie, 87% des chefs d’entreprises interrogés trouvent l’accès à l’électricité difficile et plus de 75% jugent le coût y relatif élevé. 92% de ces opérateurs économiques estiment également que l’accès aux routes est difficile.

Lire aussi : Zone Cemac : l’interdiction d’exportation de bois sous forme de grumes reportée à une date ultérieure

Sous ce rapport, le niveau de transformation du bois à l’échelle industrielle au Cameroun ne relève pas du surnaturel. Le Gabon s’est démarqué des 05 autres pays de la Cemac en interdisant la sortie de son territoire depuis 2010, des bois sous forme de grumes. Cette mesure a sans doute suscité le boom industriel du pays de Brice Claire Oligui Nguema à travers la création des zones économiques spéciales(ZES) telles que celle de Nkok. A en croire la Direction générale du trésor français, le Gabon est le premier producteur du bois en zone Cemac en 2021 avec 3,7 millions m3  contre 1,9 million de m3 de bois en 2012 ; ce  qui lui vaut un taux de transformation de près de 70% de sa production de bois contre 30% pour les exportations. Le Cameroun, première puissance économique de la Cemac a réalisé en 2021, 2,4 millions de m3. D’où la nécessité de promouvoir, entre autres, ses zones économiques spéciales pour préparer l’interdiction d’exportation des grumes.

Dans la même veine, la valeur des exportations de bois transformé a atteint  610 milliards de Fcfa en 2022 pour 6000 emplois supplémentaires créés depuis 2010. Le pays est devenu entretemps le 1er producteur africain de contreplaqués et le 6ème sur le plan mondial grâce à la transformation à 100% des grumes sur son territoire.

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