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Cameroun : les dessous de la vraie-fausse hausse des prix de la bière

Un réaménagement de la politique commerciale de Boissons du Cameroun et Guinness Cameroon S.A, qui appartiennent à une même maison mère, suscite une majoration du prix chez les détaillants. Le gouvernement qui dénonce des manœuvres de spéculations met sous scellés des dizaines de débits de boissons à Yaoundé.

Publiée mercredi 6 novembre 2024 à 11:35:53Modifiée mercredi 6 novembre 2024 à 14:49:22Temps de lecture 4 minPar Jean Omer Eyango

Des échantillons de bières produites au Cameroun

« Boissons du Cameroun (Sabc) annonce à l'opinion publique nationale qu'elle s'est résolue à instaurer à compter du 1er novembre 2024 des frais de chargement correspondant à des prestations de manutention, de contrôle et de mise à disposition des bouteilles de bières et alcools mix en verre consigné. Ce réaménagement de sa politique commerciale vis-à-vis de ses distributeurs vise à rétablir une certaine équité dans la filière brassicole face aux frais d'enlèvement facturés et aux majorations de prix pratiquées sur le marché ». Cet extrait d’un communiqué publié ce 05 novembre par le directeur général de la Société anonyme des boissons du Cameroun, Stéphane Descazeaud, permet de comprendre aisément que les sociétés brassicoles ont décidé de partager avec l’ensemble de la filière (Producteurs / Distributeurs et Détaillants) les 50 Fcfa représentant la majoration opérée unilatéralement sur le prix de la bière par les détaillants depuis au moins, laquelle majoration a fait passer la bouteille de bière et autres alcools mix à 700 Fcfa au lieu de 650 qui représentent le prix public conseillé. Ce partage passe par un mécanisme d’amélioration des remises et ristournes aux Distributeurs et Détaillants.

Lire aussi : Au Cameroun, le prix de la bière reste inchangé malgré le plaidoyer des acteurs de la filière brassicole

Cette mesure qui a entraîné une hausse de 600 Fcfa sur le casier de bières et d’alcools mix de 12 bouteilles fait grincer des dents du côté des exploitants des débits de boissons, qui, pour certains, ont à leur tour décidé d’imputer le surcoût lié au récent réaménagement de la politique commerciale des deux principaux brasseurs du pays aux consommateurs finaux. Conséquence, la bouteille de bière ou d’alcools mix peut coûter 750 Fcfa au bar depuis le 1er novembre au lieu des 700F communément admis. Ce réajustement à la hausse du prix de ces produits de grande consommation est inadmissible pour le ministre du Commerce (Mincommerce), Luc Magloire Mbarga Atangana, qui, dimanche et lundi, a instruit les services centraux et déconcentrés de son département ministériel de se « déployer sur le terrain et réprimer, avec fermeté et sans la moindre concession ni faiblesse, toute hausse du prix de la bière ou des boissons hygiéniques ». Le gendarme des prix rappelle, par ailleurs, que « toute révision des prix dans ce secteur est strictement encadrée par la réglementation en vigueur et nécessite une homologation préalable de l'administration ». Lundi, des dizaines de débits de boissons ont été mis sous scellés dans la capitale, et le ministre assure que cette mesure de fermeture s’appliquera à tous les établissements qui dérogeront à la consigne du maintien des prix inchangés.

Quiproquo

Du reste, Luc Magloire Mbarga Atangana pense que « les relations contractuelles entre la SABC et son circuit de distribution n'ont en effet aucun lien avec le prix public des boissons concernées, qui ne peut être modifié que par les pouvoirs publics ». « Ce n'est pas le cas, jusqu'à nouvel avis », souligne-t-il. Dans sa sortie de ce mardi, Boissons du Cameroun dit s'engager à collaborer avec les pouvoirs publics et toutes les parties prenantes intéressées pour garantir que ce réaménagement de sa politique commerciale n'affecte pas le prix de la bière et des alcools mix pour les consommateurs. « Cette démarche reflète l'engagement de Boissons du Cameroun à protéger le pouvoir d'achat des ménages, tout en garantissant la pérennité de la filière brassicole qui contribue de manière significative à l'emploi, au développement d'une filière agro-industrielle locale et in fine à l'économie camerounaise », ajoute Stéphane Descazeaud.

Un énorme quiproquo semble en tout cas entourer la relecture des conventions liant les sociétés brassicoles, les distributeurs et les détaillants. Or, en amont de ces réaménagements, ces acteurs ont eu une séance de travail le 15 octobre dernier à Douala. L’objectif de celle-ci était justement de trouver de décider de mesures insusceptibles de léser quelque partie que ce soit. C’est à la suite de cette concertation que les producteurs ont publié le 30 octobre, une note de service faisant état d’une mise à jour des frais d’enlèvement et des ristournes accordées aux détaillants pour tous les distributeurs. Entre autres implications de cette mise à jour, un casier de bière de 12 bouteilles est majoré de 600 Fcfa à l’achat, contre 750 Fcfa pour un casier de 12 bouteilles. En retour, les producteurs font passer les ristournes de 250 Fcfa à 372 Fcfa par casier de 12 bouteilles, en plus du fait que le détaillant a un bénéfice d’environ 145 Fcfa sur chaque casier de 12 bouteilles vendu. Sauf qu’en dehors des leaders syndicaux dont la lanterne semble avoir été éclairée, le gros des détaillants semble encore ne pas comprendre ces mises à jour.

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