Au Cameroun, le bilan provisoire des inondations entre août et septembre 2024 (un mois) fait état de 198 378 sinistrés, 11 morts, 103 000 hectares de cultures détruites, 185 écoles primaires et 13 lycées inondés. Ces chiffres révélés par le préfet du département du Mayo-Danay Jean Lazare Ndongo Ndongo dans une interview accordée au quotidien gouvernemental Cameroon Tribune, pourraient se solder par une insécurité alimentaire si les moyens conséquents ne sont pas déployés pour compenser les pertes enregistrées.
Pour l’autorité administrative, tous les 11 arrondissements de son territoire de commandement sont touchés par les inondations. A l’observation, la situation va plutôt de mal en pis dans la mesure où selon le préfet, les localités de Kalfou et Datchéka qui n’étaient pas affectées par le passé, s’en trouvent déjà mêlées. Une preuve que les pouvoirs publics peinent à trouver une solution pérenne qui puisse réduire l’ampleur des dégâts causés par les pluies diluviennes dans la région de l'Extrême-Nord chaque année ce, malgré de nombreux programmes réalisés jusqu’ici.
Projet Pulci achevé depuis 2020
L’on se souvient en l’occurrence que le Projet d’urgence de lutte contre les inondations (Pulci) lancé en 2014 et financé par la Banque mondiale à hauteur de 108 millions de dollars (environ 63,8 milliards de Fcfa) a rendu sa copie en 2020. Pour le bailleur de fonds, le projet aura notamment permis de renforcer la résistance contre les inondations d’une digue de 70 km de long de la rivière Logone et 27 km du barrage de Maga ; de réaliser environ 30% des des travaux supplémentaires des infrastructures d'irrigation en aval au profit de plus de 103 000 personnes. Ce qui a fait dire à cette institution de Bretton Woods dans une publication sur son site internet le 10 novembre 2020 qu’en matière de gestion des inondations à l'Extrême-Nord, « les riverains n'ont plus peur des pluies diluviennes depuis que la digue du Logone et le barrage de Maga ont été réhabilités ».
Par ailleurs, des projets d’assainissement tels que la construction des drains principaux dans la ville de Maroua n’ont pas permis d'arrêter les foudre des eaux jusque là. La seule assurance donnée par la ministre de l’Habitat et du développement urbain (Minhdu) est que « ces efforts vont se poursuivre afin de résorber de façon durable ce phénomène d'inondations », écrit Célestine Ketcha Courtès dans un communiqué le 12 septembre 2024 sans décliner la méthode envisagée.
En attendant l’avenue d’une solution idoine, le membre du gouvernement pointe tout de même un doigt accusateur sur le désordre urbain traduite selon elle, par l’occupation anarchique des lits des cours d’eau par des constructions et le remplissage des ouvrages d’assainissement par les ordures. Si l’on peut déplorer que des directives ne soient très souvent rappelées qu’à la survenue des sinistres, la Mindhu invite néanmoins « les Maires à sensibiliser les populations sur les risques, à la stricte application des règles d’urbanisme , au renforcement des mesures de contrôle des constructions, conformément à la réglementation à la matière ».
La digue route de Kousseri en attente…
De l'avis de nombreux observateurs, la construction de la digue-route de Kousseri pourrait stopper le phénomène d’inondations dans la région. C’était certainement le but visé par le président de la République Paul Biya rendu à Guirvidig le 20 septembre 2012 après des fortes inondations ayant causé la mort d’une trentaine de personnes et fait des centaines de sinistrés. « J’ai également prescrit des mesures à court et à moyen terme comportant notamment la construction d’une digue-route de 330 km, allant de Gobo jusqu’à Kousseri », annonçait-il dans son allocution. Exactement 12 ans après, ledit projet n’a pas vu le jour faute de financements. Les études de faisabilité réalisées à hauteur de 1 milliard de Fcfa et finalisées en 2017, ont fait état d’un budget prévisionnel de 1 000 milliards de Fcfa. Elles doivent cependant être actualisées d’après Ahadji Magra Massaou, coordonnateur du Program de reconstruction et de développement de la région de l'Extrême-Nord (Psrdren).

