À travers un communiqué rendu public ce 05 février, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, annonce l’intensification, à compter du 15 mars 2026, d’« opérations coup de poing de lutte contre la fraude à l’énergie électrique » sur l’ensemble du territoire national. Conduites en collaboration avec le concessionnaire du service public de l’électricité, ces actions inaugurent une nouvelle phase de durcissement contre la fraude à l’énergie électrique et visent à réduire les pertes commerciales et à faire respecter la loi, dans un contexte marqué par la récente renationalisation d’ENEO.
Selon le membre du gouvernement, la fraude constitue aujourd’hui l’un des principaux goulots d’étranglement du secteur. Elle engendre pour l’État « une perte annuelle estimée à plus de 60 milliards Fcfa ». Des ressources qui pourraient pourtant être orientées vers les investissements structurants, l’extension des réseaux et l’amélioration de la qualité du service. À cette hémorragie financière s’ajoutent des conséquences sécuritaires préoccupantes, la fraude étant identifiée comme l’une des causes des incendies récurrents et des cas d’électrocution enregistrés dans les zones urbaines et périurbaines.
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Les opérations annoncées devraient prendre la forme de contrôles ciblés sur les installations domestiques et industrielles, de vérifications des compteurs, ainsi que de la détection des branchements clandestins et des manipulations frauduleuses. Le ministère entend ainsi frapper simultanément sur plusieurs segments : ménages, commerces, petites entreprises et gros consommateurs, souvent pointés du doigt pour des pratiques d’évitement tarifaire. Dans ce contexte, le ministre « invite tous les utilisateurs clandestins d’énergie électrique à procéder sans délai à la régularisation de leurs compteurs et de leurs installations, afin de les rendre conformes aux normes en vigueur ».
Cette vaste offensive intervient dans le prolongement de la renationalisation d’ENEO, opérée à la suite du rachat par l’État camerounais des parts détenues par le fonds d’investissement britannique Actis. Ce dernier, entré au capital de l’opérateur en 2014 dans le cadre de la privatisation de l’ex-SONEL, avait progressivement exprimé sa volonté de se désengager. Les discussions avec le gouvernement ont abouti à un accord permettant à l’État de reprendre le contrôle de l’entreprise, après avoir déboursé 78 milliards Fcfa, avec l’objectif affiché de réorienter la gouvernance, d’accélérer les investissements et de mieux maîtriser les équilibres financiers du secteur.
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Pour les autorités, la lutte contre la fraude apparaît désormais comme un levier stratégique pour restaurer la santé économique d’ENEO et améliorer la soutenabilité du modèle. En récupérant une partie des 60 milliards Fcfa perdus chaque année, l’État espère dégager des marges de manœuvre supplémentaires pour renforcer les capacités de production, moderniser les réseaux de transport et de distribution, et réduire les délestages qui pénalisent l’activité économique. Au-delà de la dimension répressive, cette campagne marque aussi la volonté du gouvernement d’instaurer une nouvelle culture de conformité dans un secteur longtemps fragilisé par les pratiques informelles. Reste à savoir si ces opérations coup de poing, annoncées comme récurrentes, parviendront à s’inscrire dans la durée et à produire des résultats tangibles, tant sur les finances publiques que sur la qualité du service offert aux consommateurs.

