Le gouvernement camerounais a mis fin à plus d’une décennie de monopole de l’Imprimerie nationale dans la fourniture des cahiers de composition destinés au ministère des Enseignements secondaires (Minesec). Dans une décision datée du 24 février 2026, le ministère a résilié le marché attribué à l’entreprise publique pour l’exercice 2026, invoquant des défaillances persistantes dans l’exécution du contrat. « Le marché […] attribué à l’Imprimerie nationale relatif à la fourniture de cahiers de composition au ministère des Enseignements secondaires, notifié le 1er décembre 2025 pour un délai de quarante (40) jours, est résilié de plein droit pour défaillance […] constatée après mise en demeure », précise le document officiel.
Cette résiliation marque un tournant dans la relation entre l’État et l’Imprimerie nationale (IN). Depuis près de dix ans, l’entreprise publique remportait chaque année ce marché, avec des montants oscillants entre 600 et 800 millions de FCFA, selon des différents avis d’appel d’offres dudit marché consulté par Ecomatin. Cette résiliation intervient dans un contexte de fragilisation financière progressive de l’entreprise publique.
Des dysfonctionnements structurels en cause
Vieille de 120 ans, l’Imprimerie nationale est chargée de l’impression des documents administratifs et des textes législatifs et réglementaires. Mais malgré son statut, l’entreprise souffre de difficultés structurelles persistantes, qui ont fini par plomber sa santé financière. D’après la Commission technique de réhabilitation des entreprises du secteur public et parapublic (CTR) dans son dernier rapport sur la situation des entreprises camerounaises, l’IN a essuyé des pertes de 2,2 milliards de Fcfa en 2019 ; 774,3 millions de Fcfa en 2020 et 1,6 milliard de Fcfa en 2021. De même, sa trésorerie nette et le résultat d’exploitation sont restés négatifs au cours de cette période.
A cette période-là, le ministre de la Communication (Mincom) René Emmanuel Sadila après une visite effectuée au sein de l’IN justifiait ces pertes par la vétusté avancée des équipements, l’obsolescence du parc de machines, la baisse des capacités de production et une organisation interne « peu adaptée aux exigences actuelles » mais surtout à un faible taux de recouvrement des créances entrainant des tensions de trésorerie de l’entreprise.
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Cette perte de contrat intervient alors même que l’État a engagé un vaste chantier de modernisation de l’Imprimerie nationale. En février 2026, le Mincom a confié, dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP) de 20 ans, la réhabilitation, la digitalisation et l’exploitation de l’infrastructure à l’entreprise ivoirienne Impact Palmarès R&D. Le projet, annoncé depuis 2019 mais longtemps retardé, vise à reconstruire et moderniser l’outil de production, installer des machines à haute performance et digitaliser l’ensemble des processus. Trois années de travaux sont prévues, suivies de dix-neuf années d’exploitation et de maintenance. L’objectif affiché est d’amener l’Imprimerie nationale aux standards internationaux en matière de sécurité documentaire, de traçabilité et de productivité.

