Le gouvernement camerounais s’apprête à mobiliser un nouveau financement extérieur pour soutenir son dispositif d’importation de produits pétroliers. Par un décret signé le 11 mai 2026, le président de la République Paul Biya habilite le ministre de l'Économie Alamine Ousmane Mey à signer un accord de financement Murabaha (prêt conforme à la finance islamique) d'un montant maximum de 193 millions d'euros, soit environ 126,5 milliards FCFA, avec la Société internationale islamique de Financement du Commerce (ITFC), filiale du groupe de la Banque Islamique de Développement (BID). Ce concours financier d'envergure est destiné exclusivement à soutenir les opérations d'importation de produits pétroliers de la Société nationale de raffinage (Sonara), devenue importateur structurel depuis l’incendie de 2019.
Depuis la destruction de ses installations le 31 mai 2019 en effet, la Sonara ne produit plus et assure désormais près de 80% de l’approvisionnement du marché national à travers des importations massives. Ainsi, entre janvier et octobre 2025, le Cameroun a importé près de 1,8 million de tonnes métriques (TM) de produits pétroliers finis, selon les chiffres communiqués par le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, devant la Commission des finances de l’Assemblée nationale en novembre dernier. Dans le détail, environ 1,6 million de TM concernent le super, le gasoil et le pétrole lampant, contre 208 210 TM de gaz domestique.
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Pour financer ce modèle d’importation devenu permanent, l’État recourt depuis 2019 à des mécanismes de financement structurés avec des partenaires internationaux. Les achats sont organisés à travers des appels d’offres trimestriels adressés à des traders mondiaux, avec un système de compensation via la CSPH pour stabiliser les prix à la pompe. En 2022 déjà, un prêt de 54,8 milliards FCFA avait été accordé par l’ITFC, confirmant le rôle central de la BID dans le maintien de la chaîne d’approvisionnement pétrolière du pays. Bien que ce mécanisme d'approvisionnement permettrait de réaliser des économies substantielles (environ en moyenne 37,5 milliards FCFA par trimestre selon les sources ministérielles), il pèse lourdement sur les avoirs en devises du pays et creuse le déficit commercial.
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Pour pallier cette vulnérabilité, le gouvernement mise sur un double agenda de modernisation infrastructurelle. Le projet de réhabilitation de la Sonara, dont le coût a été réévalué de 250 à 300 milliards FCFA après une étude de la société française Axens, demeure une priorité absolue malgré les retards accumulés depuis six ans. Parallèlement, les autorités misent sur la diversification avec le projet de construction d'une nouvelle raffinerie à Kribi, prévue pour l'horizon 2027. Ces initiatives visent à restaurer la souveraineté énergétique du Cameroun et à réduire, à terme, la dépendance aux lignes de crédit extérieures pour la consommation domestique.

