En sept ans, l’industrie pharmaceutique camerounaise s’est nettement contractée. En 2018, environ 7 % des médicaments consommés dans le pays étaient fabriqués localement. En 2025, ce taux tombe à 4,9 %, soit une perte de 2,1 points, représentant une baisse relative de plus de 28 %. Ces chiffres de l’Ordre national des pharmaciens du Cameroun (ONPC) illustrent une désindustrialisation préoccupante d’un secteur stratégique pour la souveraineté sanitaire.
« La situation est alarmante », déplore le Dr Franck Nana, président de l’ONPC. « Nous sommes à la traîne, et ce n’est pas une bonne chose pour notre pays. »
Selon l’ONPC, de nombreuses unités de production ont cessé leurs activités ou fonctionnent au ralenti. Les causes sont multiples : charges fiscales et douanières élevées (y compris sur l’électricité), absence de différenciation selon la taille des entreprises, lourdeurs administratives ralentissant l’importation des intrants (parfois exonérés sur le papier), manque de mesures incitatives et absence d’accompagnement structuré de l’État. Résultat : plus de 60 % des capacités industrielles installées sont aujourd’hui inutilisées, et le pays dépend à 95 % des importations pour son approvisionnement.
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Cette dépendance accroît la vulnérabilité face aux crises sanitaires mondiales. « Comment réagirions-nous en cas de pandémie ou de rupture internationale d’approvisionnement ? » s’interroge le Dr Nana.
La Banque africaine de développement (BAD), dans son rapport-pays 2025, alerte également sur les risques de rupture d’approvisionnement en médicaments essentiels, notamment avec la suspension annoncée de l’aide américaine aux programmes de lutte contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme. Elle recommande au Cameroun de renforcer sa souveraineté pharmaceutique en développant une production locale compétitive.
L’ONPC veut mobiliser les industriels, y compris ceux qui ont cessé leurs activités, pour relancer la production locale. Cette question sera centrale lors de Pharma Expo 2025, prévu du 11 au 13 septembre à Douala. Le marché camerounais du médicament, estimé à 500 milliards FCFA, offre un potentiel important : les industriels locaux visent 30 % de parts de marché à terme.
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