La Cour d’appel de l’Adamaoua a décidé, le 20 novembre dernier, de placer la Maïserie du Cameroun (Maïscam SA), fleuron de l’empire industriel du défunt Alhadji Abbo, sous administration provisoire. Selon les informations obtenues par EcoMatin, cette décision fait suite à une requête déposée par dame Soumayyata, l’une des filles de l’industriel, et des co-intéressés, dénonçant de graves dysfonctionnements internes.
La Cour, présidée par Roger Kamtchoum, a nommé par conséquence Sanda Oumarou, ancien ministre camerounais, pour superviser la gestion de l’entreprise pendant cette période, fixée à une durée initiale de six mois renouvelable « à compter de la notification à lui faire du présent arrêt », précise le document de justice dont nous avons obtenu copie.
Les missions de l’ancien ministre consistent à assurer la gestion quotidienne, réaliser un audit financier complet et protéger les actifs de l’entreprise. Il devra également produire des rapports trimestriels à la justice pour documenter ses actions. Parmi les exigences figurent notamment « un rapport circonstancié de la situation de la société, l’inventaire des biens de l’entreprise, l’état des dettes et créances, ainsi que les conditions et possibilités de sa relance ou de sa restructuration ». D’après nos informations, l’administrateur provisoire percevra pour cela une rémunération totale de 18 millions de FCFA, soit un salaire mensuel de 3 millions de FCFA.
Cette mise sous administration intervient dans un contexte de turbulences pour le groupe Abbo. Bien avant le décès d’Alhadji Abbo en octobre 2023, l’empire familial montrait des signes d’essoufflement. Maïscam, considérée comme la pièce maîtresse du groupe, est aujourd’hui le dernier bastion en activité. Cette unité agro-industrielle reste un acteur clé du secteur agroalimentaire camerounais, fournissant environ 10 000 tonnes de gritz de maïs par an à Boisson du Cameroun, filiale du groupe Castel, pour la production de bière.
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Interrogée, Amina Abbo, une autre fille du défunt, a affirmé ne pas avoir été informée de cette décision de justice. Pourtant, lors d’une interview, son père indiquait lui avoir confié la gestion de ses affaires avant son décès, laissant entrevoir de possibles rebondissements dans cette affaire. Ce climat d’incertitude illustre les défis auxquels sont confrontées de nombreuses entreprises familiales au Cameroun, où des successions mal préparées entraînent souvent des conflits entre héritiers et une perte de contrôle opérationnel.
La mise sous administration provisoire perçue comme une mesure d’exception, destinée à protéger les intérêts des actionnaires et à éviter une dégradation irréversible de la situation. Dans le cas de MaïsCam, cette mesure pourrait ouvrir la voie à une restructuration profonde. Reste à savoir si les parties prenantes parviendront à s’accorder sur une issue durable. Pour l’instant, la mission confiée à Sanda Oumarou s’annonce comme un test décisif pour l’avenir de cette entreprise emblématique du septentrion.

