Oriole Resources, détentrice des permis d'exploration de Mbe, Tenekou, Niambaram, Pokor et Ndom, couvrant une superficie de 4 091 km² regroupée sous l'appellation Central Licence Package (CLP) dans la région de l'Adamaoua, a exigé le retrait total des artisans miniers opérant sur un site d'exploitation aurifère dans l'arrondissement de Mbe. Cette requête intervient alors que la compagnie entend lancer des activités minières industrielles à grande échelle dans la partie septentrionale du pays. Selon les informations du quotidien gouvernemental Cameroon Tribunes (CT) le 16 mai, « l’entreprise revendique toujours le départ total de ces orpailleurs, estimant que son agrément lui confère un droit exclusif d’exploitation sur l’ensemble de l’unité administrative. »
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Cette exigence fait suite à l'obtention d'un agrément gouvernemental par Oriole Resources, lui permettant d'exercer ses activités sur le site de Ngaounyanga, localité reculée située à plus de 70 kilomètres de Ngaoundéré, où environ un millier d'artisans miniers locaux, hommes et femmes, extraient de l'or depuis 2023. Bien que l'entreprise justifie sa demande par la nécessité d'avoir un contrôle exclusif de la zone pour ses opérations industrielles, les populations riveraines perçoivent cette démarche avec méfiance, soupçonnant la compagnie de vouloir opérer dans l'opacité et potentiellement dissimuler sa production à l'État.
Période de bonnes affaires
La situation soulève des tensions considérables au sein de la communauté locale, dont une partie s'est déjà repliée sur un autre site, tout en restant sous la pression de l'entreprise pour un départ définitif. Cependant, elle survient dans un contexte de marché de l'or particulièrement favorable, avec le cours de l'once (équivalant de 31 grammes d’or) stable autour de 2750 dollars USD (soit 1 6 millions de Fcfa), selon les récentes révélations d'Oriole lors de l’annonce de la découverte de 2,5 tonnes d'or supplémentaires dans ses activités d'exploration à Bibemi, également situé dans la partie septentrionale du pays. Cette démarche s'inscrit dans une phase d'accélération de la campagne d'exploration de la société britannique et de ses efforts pour obtenir un permis d'exploitation, avec l'ambition de doter le Cameroun de sa première usine de traitement d'or d'une capacité annuelle de 10,6 tonnes.
Alertes environnementales liées à l'orpaillage
Parallèlement à cette ambition industrielle, l'exigence d'Oriole d'abolir l'activité artisanale à Mbe coïncide avec les alertes lancées le 9 mai dernier par des organisations non gouvernementales concernant les menaces environnementales liées à ces pratiques. Un récent rapport de Forêts et Développement Rural (FODER) met en lumière la progression de l'orpaillage et de l'exploitation semi-mécanisée dans des zones écologiquement sensibles du Nord et de l'Adamaoua, touchant 21 sites du Parc National de la Bénoué et 11 sites dans la Zone Clé de Biodiversité du massif forestier de Tchabal Mbabo. D’après Foder, en 2024, ces activités ont entraîné la dégradation de 340 hectares de terres, soit l'équivalent de 486 terrains de football, provoquant une pollution durable des cours d'eau par le mercure et le cyanure, laissant des fosses non refermées qui défigurent les sols, accélèrent l'érosion et dégradent les habitats de la faune sauvage, perturbant des espèces phares comme les éléphants, les lycaons et les lions, augmentant les conflits humains-faune et favorisant le braconnage en raison de l'afflux de personnes sur les sites d'orpaillage.
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Face à ce conflit aux enjeux multiples, le gouverneur de la région de l’Adamaoua a initié une médiation le 16 mai dernier en mettant en place un comité de suivi. L'objectif est de trouver un équilibre entre le développement industriel et la préservation de l'environnement, tout en tenant compte des moyens de subsistance des populations locales. Il est intéressant de noter que, selon un récent rapport de l’ITIE (2022), la Société nationale des mines (Sonamines) a rapporté une production totale de l'or issue de l'exploitation artisanale semi-mécanisée de 859,92 kg d'or en 2022, en forte hausse par rapport aux 353,63 kg de 2021, pour une valeur estimée à 27,45 milliards Fcfa. Mbe ne figurant pas dans la liste des producteurs.

