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Cameroun : pourquoi le projet de transformation des tubercules en farine annoncé depuis 2019 piétine

Annoncé par le gouvernement en 2019, dans le cadre d’une politique qui vise la promotion de l’import substitution, le projet « Chaîne de valeur des farines locales panifiables au Cameroun » dont l'un des axe prioritaire est la transformation des tubercules en farine tarde à prendre corps au pays au moment où les importations de blé montent en flèche, alourdissant le déficit de la balance commerciale

Publiée jeudi 14 mars 2024 à 12:43:40Modifiée jeudi 14 mars 2024 à 13:10:17Temps de lecture 4 minPar Albert AMOUGOU

Le projet de transformation des tubercules pourrait prendre plus de temps que prevu
Le projet de transformation des tubercules pourrait prendre plus de temps que prevu

Les importations de blé au Cameroun sont en constante croissance. Entre 2017 et 2021, elles ont couté 839,6 milliards de Fcfa à l’Etat, selon le Commerce international de marchandises (Comext), cité par le ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) dans son Plan Intégré d’Import-Substitution Agropastoral et Halieutique 2024-2026. Pourtant en 2019, le gouvernement avait annoncé la mise en œuvre de plusieurs programmes de promotion de la farine locale à base des tubercules de manioc, igname, patates etc. Notamment le projet pilote « Chaîne de valeur des farines locales panifiables au Cameroun ».

Lire aussi : Don de blé russe à la Centrafrique : une première cargaison de farine acheminée à Bangui

En vue de la mise en œuvre de ce projet gouvernemental, les principaux acteurs de la filière ont été regroupés autour de la Plateforme des promoteurs des farines locales au Cameroun (Profacam). Et en 2022, ces derniers ont émis le vœu de booster la production des farines locales à 400 000 tonnes à l’horizon 2027 et à 5 millions de tonnes à l’horizon 2030. Sous la supervision du Minepat, "des accompagnements ont même été mobilisés dans le cadre de ce projet", souffle une source proche du dossier.  

Lire aussi : République centrafricaine : fin des exonérations à l’importation du riz et de la farine de blé

Rendu au premier trimestre 2024, la concrétisation de cette ambition tarde prendre corps en raison d’un certain nombre de difficultés. Selon un expert du Comité de compétitivité du Minepat, le projet de transformation en grande quantité des tubercules en farine fait face à un déficit de production des matières premières (tubercules de manioc, ignames, patates, etc.). « L’industrie, c’est la transformation de l’excédent qui n’est pas consommé à l’état brut. Or au Cameroun, il est encore difficile de parler d’industrie en matière de produits alimentaires ciblés par la production locale de farine. Le manioc, la patates ou encore les ignames sont des produits fortement consommés par les ménages et s’il faut transformer les quantités produites localement, l’industrie fera face à la concurrence avec les ménages. Ce qui pourra éventuellement entraîner l’inflation sur le panier de la ménagère », explique l’expert. 

Lire aussi : Filière meunière : les prix sortis usine du sac de farine baissent de 1500 Fcfa

L'intérêt des autorités publiques pour les programmes visant à transformer localement les tubercules en farine semble avoir été influencé par plusieurs facteurs externes, notamment l'impact de la pandémie de Covid-19, marquée par les mesures de confinement imposées, ainsi que par les récents événements liés à la guerre russo-ukrainienne. De plus, la réalisation de ces projets pourrait prendre plus de temps que prévu, retardant ainsi la concrétisation des résultats escomptés à court terme. « La transformation des tubercules en farine nécessite aussi de gros moyens techniques et financiers par rapport à la transformation du blé. En plus, la quantité et la qualité de farine des tubercules sont relativement faibles par rapport à ce que propose le blé », martèle ce fonctionnaire.

Solutions palliatives

Pour promouvoir l’Import-Substitution dans le secteur de la farine à base des tubercules, un autre expert du Minepat suggère la création des espaces essentiellement dédiés à la culture des tubercules destinés à la production de farine. Aussi, dit-il, il faut « mutualiser la farine issue de la transformation des tubercules et la farine de blé un peu comme au Nigeria avec par exemple 70% de farine de blé sur le marché et 30% de farine de tubercules ».  Pour se faire, ce dernier se réfère à l’Institut de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD) qui a bénéficié d’une subvention spéciale de 10 milliards de francs CFA pour stimuler la production et la transformation locales du blé au Cameroun. 

Lire aussi : Farines locales : les producteurs congolais à l’école ivoirienne

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