La question de la taxation des revenus générés via les plateformes numériques a suscité de vives polémiques au sein de l’opinion publique au Cameroun depuis l’adoption de loi de finances 2026. Ces polémiques sont notamment basées sur la taxe de 1% sur les plateformes de mobilité numériques. Entre incompréhensions, rumeurs et appels à la grève, une chose est claire : le sujet mérite d’être analysé et clarifié.
Avant tout chose, il faudrait savoir que cette taxe appliquée aux revenus générés via les plateformes numériques n’est ni une taxe créée par une plateforme, ni une mesure nouvelle. Il s’agit d’une disposition fiscale décidée par l’État camerounais, intégrée pour la première fois dans la loi de finances 2024. Cette loi a posé le principe de l’imposition des revenus générés par des particuliers à travers les plateformes numériques, qu’il s’agisse de prestations de services, de transport, ou d’activités de vente en ligne. À l’époque, le cadre juridique existait, mais les modalités pratiques d’application restaient peu lisibles, ce qui a limité sa mise en œuvre effective.
La loi de finances 2026 ne crée donc pas un nouvel impôt. Elle clarifie et opérationnalise un dispositif déjà prévu pour le secteur des VTC. En effet, précise notamment la base de calcul de l’impôt, le taux applicable et le mécanisme de collecte.
Le mécanisme retenu repose sur une logique simplifiée : le revenu imposable des chauffeurs VTC est fixé à 20% du montant brut généré par course et le taux de cette taxe reste 5% (appliqué sur la base ainsi précisée). Au final, cela correspond à une taxe d’environ 1% du revenu total généré sur les plateformes VTC. Ce dispositif s’applique à toutes les personnes physiques générant des revenus via des plateformes VTC.
Si les plateformes de mobilité sont aujourd’hui au centre des discussions, c’est principalement parce qu’elles structurent une activité visible et quotidienne pour de nombreux travailleurs. Mais la réforme engagée en 2024 ne se limite pas au transport. Elle concerne aussi les plateformes de services numériques, les marketplaces et plateformes de vente en ligne, en somme toute activité générant des revenus via une interface digitale. L’objectif est de traiter de manière équitable l’ensemble des revenus issus de l’économie numérique, et non de cibler un secteur en particulier.
Pour les autorités, l’objectif est double : intégrer progressivement l’économie numérique dans le système fiscal et renforcer la transparence et l’équité entre les différents secteurs. Cette logique s’inscrit dans une dynamique plus large observée dans de nombreux pays, où les plateformes numériques deviennent des relais de collecte fiscale. Dans ce cadre, les plateformes numériques jouent un rôle précis et encadré, celui de collecteur d’impôt pour le compte de la Direction Générale des Impôts. Concrètement, le prélèvement est effectué de manière automatique et l’intégralité des montants collectés est reversée à l’administration fiscale. Les plateformes ne conservent aucune part de cette taxe, ce qui signifie qu’il ne s’agit ni d’une augmentation de commission, ni d’un revenu supplémentaire pour ces acteurs.

