Initialement prévu pour être déployé sur la période 2023-2026, le report des délais de réalisation du Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (Piisah) au Cameroun semble désormais acté. C’est du moins ce qui ressort des chiffres révélés par Alamine Ousmane Mey, ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) lors d’une interview accordée au quotidien national Cameroon Tribune.
Selon le membre du gouvernement, seulement 10 % du budget prévisionnel ont été mobilisés alors que le programme entame sa dernière année de mise en œuvre. «Il faut dire que le Piisah a été élaboré pour une mise en œuvre sur la période 2023-2026, avec un coût estimé à peu près à 1 400 milliards FCFA. Nous avons à ce stade, mobilisé pratiquement 140 milliards FCFA », précise Alamine Ousmane Mey. Face à cette faible mobilisation des fonds — alors que le déficit de la balance commerciale a atteint le niveau record de 2 145 milliards FCFA en 2025— le ministre de l'Économie pointe un démarrage tardif du programme. « Cela s’est fait juste parce que la mise en place du projet a eu lieu pendant l’année 2024. Les agences d’exécution ont été constituées en 2025 et la Banque camerounaise des PME a été mise à contribution pour accompagner les exploitants en 2025. Donc, ce dont nous parlons ce sont des résultats d’une année d’activités ».
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Ces arguments du Minepat contrastent toutefois avec les données présentées à l’Assemblée nationale le 1er décembre 2024 par le Premier ministre, Joseph Dion Ngute. Dans le cadre du Programme économique, social et culturel pour l’exercice 2025, le chef du gouvernement indiquait que le Piisah, lancé neuf mois plus tôt, avait permis de sécuriser 200 000 hectares de terres dans la Plaine Centrale, dont 3 000 hectares aménagés par un opérateur privé. Pourtant, une timide entrée en matière par rapport aux objectifs pluriannuels ambitieux du Minepat. En effet, le gouvernement visait la sécurisation de plus de 426 000 hectares dès la première année, laissant un déficit de 226 000hectares à combler en un temps record. De même, la production de 452 tonnes de semences reste dérisoire face aux 8 102 tonnes annuelles initialement annoncées. Devant ce constat, le Premier ministre a enjoint le Minepat, le 30janvier 2025 au cours d’un Conseil de Cabinet, « de lui soumettre à des intervalles réguliers un rapport sur l’implémentation du Piisah, en mettant en exergue les contraintes éventuelles ».
Une possible réorganisation
Soulignons que le Piisah avait été budgétisé à hauteur de 1 371,5 milliards FCFA dès le départ. Sa mise en œuvre avait été annoncée par le président de la République dans son adresse à la Nation le 31 décembre 2023. Cependant, lors du Conseil de cabinet du 30 janvier 2025, ce budget prévisionnel a été réévalué à 1 500milliards FCFA, marquant une augmentation de 128,5 milliards FCFA, soit une hausse de 9,4 %, sans justificatif.
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L’échec apparent du Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique sur la période 2024-2026 est d’ores et déjà visible au regard de la faible capacité de financement et des importations qui continuent de peser plus de 1 000 milliards FCFA sur la balance commerciale du pays. Alamine Ousmane Mey l’a d’ailleurs subtilement reconnu en indiquant une possible restructuration de ce plan gouvernemental. « Il y a une réorganisation qui pourrait avoir lieu pour permettre à ce programme de pouvoir accélérer au niveau de la phase opérationnelle et que les bénéficiaires qui attendent avec beaucoup d’impatience et surtout beaucoup d’espoir ces infrastructures puissent accéder et bénéficier aussi des moyens financiers d’accompagnement sur la base des plans d’affaires à présenter, etc. »

