elon le rapport analytique « L’exploitation aurifère illégale en Afrique centrale » publié par Interpol dans le cadre du projet ENACT (Enhancing Africa’s response to transnational organised crime), financé par l’Union européenne, les Émirats arabes unis (EAU) sont la première destination de l’or produit ou transité depuis l’Afrique centrale.
Entre 2018 et 2019, les EAU ont importé 18,6 tonnes d’or en provenance de cette région, selon les dernières données officielles. Toutefois, une large part de ces exportations s’effectue hors du cadre légal, comme le souligne le rapport, qui dénonce des « décalages importants entre la production déclarée issue de l’exploitation artisanale et à petite échelle, la production estimée, et les importations officielles vers les Émirats arabes unis ».
Des écarts flagrants entre production déclarée et or exporté
Le Cameroun, par exemple, a officiellement déclaré un volume d'exportation de 701 kg, alors que les Émirats indiquent avoir importé 10,9 tonnes d’or en provenance du pays. Au Tchad, aucune production n’a été officiellement enregistrée durant la période étudiée, mais 6,9 tonnes ont été exportées vers les EAU. En Centrafrique, la production était estimée à 148 kg pour 10 kg officiellement exportés, tandis qu’en République démocratique du Congo (RDC), seule grande nation aurifère industrielle de la région, les EAU ont importé 620 kg contre 440 kg déclarés. Le Congo-Brazzaville a, pour sa part, produit 52,6 kg et exporté 45,7 kg.
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Face à ces incohérences, Interpol estime que ces pays sont soit des zones de transit pour de l’or produit dans des pays voisins, soit que leur production nationale est massivement dissimulée ou sous-déclarée. "De même, si l’on compare la production aurifère estimée en RCA et en RDC, la faible production nationale officielle et les exportations, cela suggère un fort taux de dissimulation et de contrebande".
Le phénomène d’exportation illégale vers les EAU prend de l’ampleur et est motivé par plusieurs raisons. Le rapport cite à cet effet des contrôles douaniers mal assurés, un contrôle insuffisant du souk de l’or, la tolérance persistante d’importantes transactions en espèces et un contrôle insuffisant des raffineries. Notons que l’or exporté illégalement se transporte par avion privé, ou par des compagnies aériennes.
Cette contrebande prive les États d’Afrique centrale de ressources considérables. D’après SwissAid, l’exploitation minière illégale représente entre 24 et 35 milliards de dollars de pertes annuelles pour les États africains. Rien qu’au Cameroun, selon le rapport ITIE 2022, 4,8 tonnes d’or ont été illégalement exportées en 2020, représentant un manque à gagner de 189,2 milliards de FCFA (279 millions USD). En 2021, ce montant s’est élevé à 312 millions USD pour 4,92 tonnes exportées illégalement.
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