Un collectif d'ONG africaines a porté plainte contre le groupe Bolloré et son dirigeant, Vincent Bolloré, devant le Parquet national financier (PNF) de Paris, pour des accusations de corruption et de blanchiment d'argent en Afrique, selon les informations de l'AFP le 19 mars. Il s’agit de Restitution Afrique (RAF), composé de onze ONG, qui met en cause les « liens étroits et assumés avec les élites politiques et économiques » du Ghana, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Togo et de la Guinée, qu’aurait entretenus le groupe Bolloré, afin d’obtenir des faveurs auprès des autorités locales et s’enrichir de manière illégale. Regroupées au sein de Bolloré Africa Logistics, ces concessions constituent, selon les plaignants, « une part substantielle de la valeur d’entreprise de cette filiale, laquelle a été cédée [à MSC] en 2022 pour un montant de 5,7 milliards d’euros », précise Agence France Presse.
L'AFP précise que le groupe français est concrètement accusé dans des activités de recel présumé au Cameroun, au Ghana et en Côte d’Ivoire. « Concernant les ports de Douala et Kribi (Cameroun), Tema (Ghana) et Abidjan (Côte d’Ivoire), la nouvelle plainte vise des faits présumés de « recel » de favoritisme, de trafic d’influence ou encore de prise illégale d’intérêt, des infractions qu’auraient commises des responsables politiques ou administratifs locaux, mais grâce auxquelles le groupe aurait sciemment obtenu des concessions de terminaux à conteneurs. », peut-on lire. Les accusations de blanchiment concernent le Togo et la Guinée. « D’après les plaignants, des pratiques du groupe telles que le financement de campagnes électorales ou l'attribution de contrats sans appels d’offres, constituent la partie visible d’un système Bolloré », poursuit l'Agence.
Malgré l'absence de détails précis sur les accusations de recel au Cameroun, il est connu que Bolloré Africa Logistics possédait un réseau important en Afrique, soit 16 concessions portuaires, des entrepôts et des hubs routiers et ferroviaires, avec des intérêts dans les ports camerounais, notamment Douala et Kribi. À ce jour, le groupe n'a pas réagi publiquement à ces accusations.
Au Cameroun, le groupe Bolloré est impliqué dans de multiples litiges judiciaires. En 2020, il a été confronté au Port autonome de Douala (PAD) devant la Chambre de commerce internationale (CCI) concernant la concession du terminal à conteneurs du port de Bonabéri. Après une condamnation initiale à verser 40 milliards de Fcfa à sa filiale DIT, le PAD a finalement obtenu gain de cause devant la Cour de cassation française, suite à des accusations de connivence entre un juge arbitral et l'avocat de Bolloré. Par ailleurs, le groupe est mis en cause dans un rapport du Comité d'éthique du fonds de pension norvégien concernant des pratiques irrégulières dans ses filiales camerounaises Socapalm et Safacam, détenues via Socfin. Récemment, Socfin a été contrainte par la justice française à verser des indemnités de 142 000 euros (plus de 93 millions de Fcfa), à des plaignants camerounais pour non-production de documents établissant ses liens avec Bolloré.

