Dans la nuit du 11 novembre 2025, les équipes spécialisées du ministère de l’Eau et de l’Energie (Minee) ont mené une nouvelle opération "coup-de-poing" au lieudit Tsinga-Village dans l’arrondissement de Yaoundé 1er. Celle-ci s’est soldée par la saisie des tonnes de pétrole lampant. « Dans un entrepôt discret, caché au cœur d’un quartier densément habité, elles ont découvert 5 200 litres de pétrole lampant stockés dans des cubitainers », indique le département ministériel.
Pour le Minee, cette « fraude qui menace la subvention publique » intervient dans un contexte de pénurie du pétrole lampant. De l’aveu du ministère dirigé par Gaston Eloundou Essomba, le litre de pétrole, normalement vendu dans les stations à 350 FCFA, dépasse 750 F CFA soit plus du double du son coût réel. Résultat : pénuries artificielles en station, spéculation et pression sur le pouvoir d’achat.
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L'ampleur de la fraude au pétrole lampant (kérosène) met en péril l'équilibre budgétaire du Cameroun. D'après les chiffres de la Caisse de Stabilisation des Prix des Hydrocarbures (CSPH), le litre vendu à la pompe aux ménages est fixé à 350 FCFA, alors que son prix réel s'établit à 595 FCFA, ce qui représente un soutien public de 245 FCFA par litre. Pour la seule année 2024, l’enveloppe de subvention du pétrole lampant est estimée à 21,2 milliards FCFA, dont 1,2 milliard pour le transport, pour une consommation annuelle moyenne de 120 000 mètres cubes.
Le problème majeur réside dans la fraude industrielle : les entreprises qui devraient payer le litre à 560 FCFA s’approvisionnent également au prix fortement subventionné destiné aux ménages, détournant ainsi d'énormes volumes. Face à la pénurie persistante engendrée par cette fraude et la spéculation, le Ministre Gaston Eloundou Essomba a pris un certain nombre de mesures. Fin juillet dernier, le membre du gouvernement a annoncé l’importation de 40 000 tonnes métriques (TM) de pétrole lampant pour juguler le déficit sur l’ensemble du territoire.
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Si le Minee a révélé que « les documents saisis montrent que ce dépôt alimentait plusieurs points de revente illégaux dans la ville », une question majeure demeure : comment les contrebandiers parviennent-ils encore à s’approvisionner en si grandes quantités auprès des stations-service ? Cette énigme est d'autant plus troublante qu'en août dernier, le même ministre a signé une circulaire limitant la quantité maximale autorisée par usager en station à seulement 10 litres (contre 100 litres auparavant), précisément dans le but de décourager l’achat en gros pour la revente illicite. La persistance de saisies de plusieurs milliers de litres de pétrole suggère donc à la fois l'efficacité des mécanismes de surveillance et n'exclut pas une éventuelle complicité au niveau des stations-service pour contourner la circulaire ministérielle.
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