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Banques et Finance

CEMAC : COBAC, Cosumaf et ANIF signent un accord pour renforcer la lutte contre les flux financiers illicites

Alors que plusieurs États restent exposés aux flux financiers illicites, les régulateurs régionaux misent sur une coopération renforcée pour répondre aux exigences internationales.

Publiée mercredi 25 mars 2026 à 16:46:46Modifiée mercredi 25 mars 2026 à 16:46:46Temps de lecture 4 minPar Marius Zogo

Le siège de la Cemac

Le 23 mars 2026 à Libreville, les autorités de régulation et de supervision financière de la CEMAC — à savoir la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (Cosumaf) et les six Agences nationales d’investigation financière (ANIF) — ont paraphé un accord de coopération visant à mutualiser leurs forces contre les flux financiers illicites. Pour Salvador Mangue Ayingono, Secrétaire général de la Cosumaf, « les accords de coopération entre la Cosumaf et les ANIF de la Cemac, incarnent la volonté de nos instances respectives de travailler en synergie. […] Elle ouvre la voie à une convergence renforcée, gage d’un environnement financier plus sûr et plus crédible ».

S’inscrivant dans la même logique, Marcel Ondélé, Secrétaire général de la Cobac, a rappelé que cette signature s'inscrit dans la trajectoire du plan stratégique 2025-2029, baptisé OWALI. Selon lui, ce programme ambitionne de « renforcer la résilience du système bancaire, à aligner le dispositif sur les standards internationaux et à améliorer in fine la qualité de nos relations avec les partenaires institutionnels ». Ainsi, « les accords que nous scellons aujourd’hui constituent une traduction concrète de cette vision stratégique, en plaçant la coopération au cœur de notre action. […] En signant ces accords, nous envoyons donc un message clair : la Cemac est résolument engagée dans la lutte contre les flux financiers illicites et est déterminée à protéger l’intégrité de son système financier », a-t-il ajouté.

Lire aussi : CEMAC : les emprunteurs défaillants désormais interdits d’accès à leurs comptes bancaires

Cet accord intervient dans un contexte d'urgence régionale, alors que la majorité des États de la CEMAC affichent des vulnérabilités persistantes face aux flux financiers illicites (FFI). Le Cameroun par exemple est maintenu sur la « liste grise » du Groupe d’action financière (Gafi) depuis juin 2023 pour ses « déficiences stratégiques » en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Le pays n'a rempli, près de trois ans plus tard, que 11 des 24 actions correctives exigées. Selon le Rapport pays 2025 de la Banque Africaine de Développement (BAD), le Cameroun aurait perdu environ 56 350,5 milliards FCFA entre 1970 et 2022, soit un manque à gagner annuel moyen de 1 084 milliards FCFA sur plus de cinq décennies.

Au Gabon, la BAD souligne que la relance des réformes structurelles avec le FMI constitue un levier pour rétablir l'équilibre budgétaire, en ciblant prioritairement la réduction des circuits financiers illicites. Au Congo, le constat est tout aussi alarmant. L'institution dirigée par Sidi Ould Tah précise que ces flux, estimés à plus de 5 % du PIB par la CNUCED, plombent la mobilisation des recettes domestiques via des mécanismes sophistiqués d’optimisation ou d’évasion fiscale.

Lire aussi: Flux financiers illicites : L’Anif sur les traces de 135 milliards de FCFA

 Le Tchad n'échappe pas à cette dynamique ; les données de Global Financial Integrity révèlent que des centaines de millions de dollars ont été siphonnés vers des paradis fiscaux tels que la Suisse ou les Îles Vierges depuis les années 2000, notamment à travers des montages « offshore » utilisés par certaines compagnies pétrolières pour minimiser leur impôt. En République centrafricaine, la BAD estime les pertes à près de 2 milliards de dollars entre 1980 et 2018 en raison d'erreurs de facturation commerciale, tandis qu'en Guinée Équatoriale, les défis majeurs sont liés à l'ampleur des flux financiers illicites, principalement en raison de l'évasion fiscale et de la mauvaise tarification du commerce et des services par les sociétés multinationales.

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