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Conjoncture

CEMAC : comment les tensions entre Trump et la FED menacent de renchérir la dette des Etats en dollars

Le bras de fer entre le président américain Donald Trump et la Réserve fédérale américaine (FED) alimente une forte volatilité du dollar, avec des effets directs sur la dette extérieure des États de la CEMAC dont environ 62% de l’encours est libellée en dollars.

Publiée mardi 2 juin 2026 à 09:45:07Modifiée mardi 2 juin 2026 à 20:06:02Temps de lecture 4 minPar Arthur WANDJI

Le gouverneur de la BEAC Yvon Sana Bangui

Les tensions entre le président américain Donald Trump et la Réserve fédérale américaine (FED) alimentent une forte volatilité du dollar. Et cette instabilité ne devrait pas rester confinée aux marchés financiers américains : elle impacte directement les flux de capitaux vers les pays émergents avec des répercussions directes sur les économies de la CEMAC. Selon la dernière « Lettre de la recherche » publiée par la Direction générale des études, finances et relations internationales de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), l’instabilité du dollar renchérit le coût du service de la dette extérieure des États membres de la sous-région. Avec une dette externe totale d’environ 16 000 milliards FCFA (28,4 milliards de dollars) à fin 2025, dont 62% libellée en dollars, « une dépréciation de 5% » du billet vert face à l’euro « se traduit par une augmentation mécanique de 8,8% du service de la dette en francs CFA, accentuant la pression sur les finances publiques et les réserves de change de la zone », note l’institution.

Ce n’est pas tout. Cette même volatilité du dollar agit également comme un canal d’inflation importée pour les économies de la CEMAC. Toujours selon les simulations de la BEAC, « une dépréciation de 10% du Dollar face à l’Euro génère une hausse de l’inflation régionale d’environ 0,6 point de pourcentage via le canal des prix des biens importés, particulièrement sensible pour les produits alimentaires et énergétiques ». Dans un contexte où les marges budgétaires sont déjà contraintes, cette double pression — dette et inflation — réduit davantage les capacités d’ajustement des États.

Lire aussi : CEMAC : la BEAC appelle à mobiliser l’épargne régionale pour financer les grands projets

Les effets de cette instabilité ne sont pas uniformes au sein de la sous-région. Les économies les plus endettées ou les plus dépendantes des financements extérieurs apparaissent les plus vulnérables. Le Cameroun par exemple, affiche une dette publique de 15 416 milliards FCFA au premier trimestre 2026, soit 44,3% du PIB, dont plus de 9 300 milliards FCFA de dette extérieure, représentant plus de 60% de l’encours total. Le Gabon, lui, dépasse 8 600 milliards FCFA de dette publique, avec une forte composante extérieure, tandis que le Congo enregistre un endettement proche de 92% du PIB, dont environ 40% en dette extérieure. Cette structure accentue leur exposition mécanique aux variations du dollar. Dans ce contexte, la sensibilité de la CEMAC au dollar devient un enjeu central de stabilité macroéconomique.

Vers un durcissement de la politique monétaire en CEMAC ?

Cette fragilité est d’autant plus préoccupante que les marges de manœuvre budgétaires restent limitées. La hausse du recours au marché régional des titres publics dont l’encours s’élève à 9 451,5 milliards FCFA à fin janvier 2026, combinée à des besoins de refinancement élevés, réduit la flexibilité des politiques économiques nationales. Dans le même temps, la BEAC doit veiller à préserver la stabilité externe de la zone, notamment à travers la gestion des réserves de change et le maintien d’un niveau de couverture des importations jugé suffisant. A cet effet, « la volatilité accrue du couple Euro/Dollar, via la parité fixe du Franc CFA avec l’Euro, pourrait contraindre la BEAC à un durcissement de sa politique monétaire non souhaité pour préserver le niveau des réserves de change », note l’analyse.

Lire aussi : Politique monétaire : la BEAC relève ses taux directeurs face à l’érosion des réserves de change

Pour mémoire, les tensions entre Donald Trump et Jerome Powell, alors président de la Réserve fédérale (FED), reposent sur un conflit fondamental entre les priorités politiques à court terme de l'exécutif et l'indépendance de la politique monétaire. Estimant que la FED freinait la croissance américaine par une baisse trop lente des taux d'intérêt face à ses politiques tarifaires, Donald Trump a intensifié ses attaques publiques et ses pressions sur la gouvernance de la FED. Une « ingérence » perçue comme un « test de résistance » pour la FED, poussant certains investisseurs à réduire leur exposition au dollar, ce qui accentue les fluctuations de la devise.

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