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CEMAC : la Banque mondiale doute d’un retour rapide à la stabilité des prix

Entre faible circulation des marchandises, infrastructures dégradées et procédures douanières coûteuses, le commerce alimentaire en CEMAC reste entravé. Résultat : une inflation qui devrait durablement se maintenir au-dessus du seuil communautaire de 3 %, selon la Banque mondiale.

Publiée mercredi 2 juillet 2025 à 17:59:22Modifiée mercredi 2 juillet 2025 à 17:59:26Temps de lecture 4 minPar Vicky BAGAL

Les tensions inflationnistes persistantes en zone CEMAC
Les tensions inflationnistes persistantes en zone CEMAC

En Afrique, la zone CEMAC enregistre le plus faible taux de circulation des produits alimentaires, avec un volume important immobilisé au Cameroun. Une situation qui aggrave la sous-nutrition et favorise une croissance incontrôlée de l’inflation, désormais au-dessus du seuil communautaire de 3 %. C’est du moins ce que souligne la Banque mondiale dans son rapport intitulé "Transport connectivity for food security in Africa: strengthening supply chains". « Les obstacles réglementaires au commerce alimentaire dans la région de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) freinent sa croissance, accentuent les déficits alimentaires et alimentent les tensions inflationnistes, qui pourraient atteindre 5,7 % au cours des cinq prochaines années », indique le document.

Une projection contraire à celle de la Banque des Etats de l'Afrique centrale (BEAC), qui projette une baisse de l'inflation qui passerait en dessous du seuil régional en 2025 et poursuivrait une dynamique baissière. « Les prévisions macroéconomiques et financières actualisées en juin 2025 par les Services de la BEAC tablent sur [...] la poursuite de la baisse de l'inflation qui reviendrait autour de 2,8% en moyenne annuelle en 2025, contre 4,1% en 2024 », peut-on lire dans le communiqué de presse du Comité de politique monétaire du 30 juin 2025.

Lire aussi : CEMAC : la BEAC révise la croissance à la baisse sur fond de crise pétrolière

Les données comparatives présentées par la Banque mondiale montrent que moins de 20 millions de tonnes de marchandises alimentaires circulent chaque année dans la CEMAC, contre 170 millions pour l’UEMOA et 85 millions pour la Communauté des États d’Afrique de l’Est. Selon le rapport consulté par EcoMatin, cette disparité s’explique non seulement par les capacités de production et d’importation de chaque région, mais aussi par la faiblesse des infrastructures de transport et des exigences documentaires qui génèrent des surcoûts et des retards. « En moyenne, ces exigences ajoutent 0,80 $US par tonne au coût du manioc, 4,30 $US pour le maïs, 13,10 $US pour le riz et 16,60 $US pour le blé […] Ces hausses se répercutent sur le consommateur final et fragilisent davantage les couches les plus vulnérables », précise le rapport.

Des liaisons routières avec les coûts de détour les plus élevés

Les surcoûts du commerce transfrontalier en zone CEMAC découlent d'exigences telles que les certifications et les procédures douanières qui retardent les marchandises aux postes frontaliers. Il s’agit notamment des coûts d'intermédiation et de passage frontalier qui participent à relever d’au moins 7% le prix final à la consommation. Dans le Top 20 des points de passage frontaliers les plus onéreux en Afrique subsaharienne pour le flux alimentaire (2023), apparaissent 6 points liés à la CEMAC notamment : le corridor Ngaoundéré-Gidjiba-Ngong au Cameroun (+341 millions $US supplémentaires au frais de transport pour 1,2 million de tonnes de produits alimentaires transités par an) ; Nigéria-Cameroun avec les tronçons Awa-Ekok (+14 millions $US pour 920 000 tonnes) et Achan (+12 millions $US pour 984 000 tonnes) ; Gamboula (Cameroun-RCA) +4 millions $US pour 77 000 tonnes ; Souanke-Ntam (Cameroun-Congo) +3 millions $US pour 25 000 tonnes et Mboulou (RCA-Congo) +2 millions $US pour 75 000 tonnes.

Lire aussi : Pour 2025, le FMI table sur 6,3 % de croissance en UEMOA et seulement 2,4% en CEMAC

Ces surcoûts sont les raisons pour lesquelles un sac de ciment qui coûte 6 000 FCFA au Cameroun va être vendu à 8 000 FCFA au Tchad et 10 000 FCFA en RCA, avec parfois des retards dans la livraison ce qui peut porter le prix plus haut encore (environ 14 500 FCFA en avril dernier).

Pour remédier à ces goulots d’étranglement et améliorer le commerce agroalimentaire en zone CEMAC, la Banque Mondiale propose 3 principales solutions : l'harmonisation réglementaire pour faciliter la fluidité des flux commerciaux et réduire le coût de l'échange de produits agricoles ; la rationalisation des procédures douanières pour accélérer le processus et réduire les retards, et la mise en place de plates-formes d'information sur les prix, la demande et l’offre en temps réel permettant d’adopter des décisions de commercialisation communes et équilibrées.

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