La Commission Bancaire de l'Afrique Centrale (COBAC) a lancé un appel d’offres international pour la mise en place d’une plateforme d’Échange de Données Informatisé (EDI) dédiée à la supervision des opérations de change manuel dans les six pays de la CEMAC. Ce projet vise à automatiser la collecte et le traitement des données issues des bureaux de change, afin de passer d’un contrôle a posteriori à une surveillance en temps réel. Au-delà de l’outil, c’est une transformation structurelle de la régulation qui se dessine, avec une montée en puissance des technologies de supervision (SupTech) dans la gestion des flux financiers.
Au cœur du dispositif, la future plateforme devra intégrer des modules complets de collecte, validation, analyse et visualisation des données, avec des capacités de détection précoce d’anomalies et de génération d’alertes automatiques. L’objectif est de réduire les zones d’ombre dans un segment réputé difficile à tracer. Le change manuel, qui repose sur des transactions en espèces via des bureaux agréés, reste en effet exposé à des risques de sous-déclaration, de contournement réglementaire et de sorties non maîtrisées de devises. Le marché, ouvert sans préqualification, cible des prestataires capables de développer des systèmes sécurisés et évolutifs, avec une forte expertise en RegTech et en traitement de données à grande échelle.
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Cette initiative s’inscrit dans un contexte où les autorités monétaires cherchent à renforcer la discipline dans l’application de la réglementation des changes. Dès 2020, l’ancien gouverneur de la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC) et président de la COBAC alertait sur la recrudescence des manquements observés au sein des établissements financiers, pointant des dérives liées à la primauté de la rentabilité sur les exigences de conformité. « Les divers contrôles effectués tant par la Beac que par la Cobac font état d’une recrudescence de manquements dans l’application de la règlementation des changes. Cette mauvaise observation de la règlementation des changes amène la Beac à infliger des pénalités aux établissements assujettis. À l’évidence, les établissements de crédit privilégient de rentabilité à la contrainte de conformité », soulignait Abbas Mahamat Tolli.
Ainsi, en internalisant la supervision via un outil numérique, la COBAC entend réduire l’asymétrie d’information et améliorer la capacité de contrôle sur l’ensemble de la chaîne des opérations de change. En toile de fond, c’est la question des réserves de change qui confère à ce projet toute sa portée stratégique. À fin février 2026, les réserves extérieures de la CEMAC s’établissent à 6 769 milliards FCFA, en baisse de 10,1 % sur un an, selon la BEAC. Le recul des avoirs au compte d’opérations (-11,3 %), qui concentre près de la moitié des réserves, ainsi que la diminution des autres actifs en devises, traduisent une pression accrue sur les équilibres extérieurs de la sous-région, dans un contexte de besoins élevés en financement des importations et de tensions budgétaires.
Sans agir directement sur le niveau des réserves, la digitalisation du change manuel vise à en sécuriser les déterminants. En améliorant la traçabilité des flux et en limitant les fuites de devises, la COBAC cherche à renforcer la visibilité sur les mouvements financiers et à stabiliser les circuits officiels. À terme, ce projet pourrait marquer un tournant dans la régulation financière en Afrique centrale, en faisant de la donnée un levier central de pilotage monétaire et de préservation des équilibres macroéconomiques.

