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Cemac : la suspension des critères de convergence reportée sine die

Des études préalables seront menées sur l’incidence de la suspension desdits critères sur les activités des trésors publics des Etats de la Cemac.

Réuni le 10 août dernier par visioconférence, le 35e conseil des ministres de l’Union économique de l’Afrique centrale(Ueac) du 10 août 2020 s’est montré prudent face à la demande des Etats de procéder à la suspension des critères de convergences. L’organe a choisi d’évaluer en amont les conséquences d’un tel acte sur les économies nationales avant de remettre le sujet sur sa table à sa prochaine session ordinaire.

En effet, les critères de convergence reposent entre autres sur un ratio solde budgétaire de base rapporté au PIB positif ou nul, un taux d’endettement des pays inférieur à 70% du PIB et un taux d’inflation maximum admissible de 3%. Suivant ces règles, les pays ne doivent en aucun cas accumuler des arriérés de paiement sur la gestion courante, entre autres mesures. Les règles ainsi adoptées aux lendemains de la crise 1994 visaient à limiter  les dérapages budgétaires, à créer des conditions de convergence des économies tout en  garantissant une stabilité macroéconomique au sein de la sous-région. Il est par ailleurs question de créer une cohérence entre les politiques budgétaires nationales et celles communes.

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Plusieurs Etats de la sous-région peinent encore à respecter l’ensemble de ces critères du fait de leurs besoins et exigences de développement importants, financés au travers de l’endettement. Dans son rapport intérimaire de surveillance multilatérale 2017 et perspectives 2018, la Cemac révèle que : seuls trois pays sur six ont respecté le critère sur le solde budgétaire (Centrafrique, Guinée équatoriale, Tchad), cinq pays ont réussi à contenir leur taux d’inflation (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad), cinq Etats ont maintenu leur endettement à moins de 70% du PIB (Cameroun, Centrafrique, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad). Aucun Etat de la Cemac n’a respecté le critère portant sur l’apurement du stock des arriérés.

Risque sur les économies nationales

L’incapacité des pays à se conformer à ces règles communes fonde la démarche visant leur suspension, particulièrement depuis la survenue de la pandémie du coronavirus. La crise sanitaire qui en a découlé aura davantage fragilisé les économies. Les Etats membres de la Cemac veulent avoir des libertés pour emprunter plus d’argent.

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Le projet ne suscite pas l’enthousiasme général. Particulièrement au sein de la Commission bancaire d’Afrique centrale (Cobac) et de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) qui avaient déjà accordé des facilités de prêt pour soutenir les pays-membres.  Ainsi la Beac, à travers son comité de politique monétaire, s’était engagée le 27 mars 2020 à « réviser à la baisse le taux d’intérêt  des appels d’offres (TIAO) de 25 points de base, soit de 3,50 à 3,25% ; réviser à la baisse de 100 points de base le taux de facilité de prêt marginal, soit de 6,00% à 5,00% ; porter les injections de liquidité de 240 milliards de Francs CFA à 500 milliards de Francs CFA, et se rendre disponible à relever ce montant en cas de besoin ; élargir la gamme des effets privés admis comme collatéral des opérations de politique monétaire ; revoir à la baisse les niveaux des décotes applicables aux effets publics et privés admis comme collatéral pour les opérations de refinancement à la Beac » peut-on lire sur le rapport de politique monétaire du mois de mars 2020.

La Beac s’était par ailleurs engagée à assouplir les conditions d’émissions des valeurs de Trésor ainsi qu’à assurer renflouer l’approvisionnement des banques commerciales. Ce faisant, la banque centrale mettait en circulation une importante masse de liquidité. Si les critères de convergence venaient à être levés, la situation pourrait vite chavirer et ouvrir la voie à une inflation généralisée et à une dégradation de la stabilité de la monnaie, avec des effets pervers sur le pouvoir d’achat des ménages entre autres. Fort de tout cela, le conseil des ministres de l’UEAC juge utile de faire le tour de la question avant de prononcer ou non la suspension des critères de surveillances multilatérales.

La réunion tenue en visioconférence le 10 août a également permis aux ministres de l’Ueac de lancer un appel à l’ordre en direction des Etats. Ceux-ci sont invités à s’acquitter de leurs contributions aux charges de la Communauté avant la fin de l’année en cours. Ce, afin de permettre aux institutions sous régionales de mener à bien leurs activités.

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