Nouvel avis de gros temps sur le marché des titres publics de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) qui a officiellement enregistré son premier défaut de paiement depuis sa création il y a une dizaine d’années. Selon une correspondance du directeur général du Trésor congolais adressée au ministre des Finances, le dirigeant explique à sa hiérarchie qu’il lui est impossible d’émettre de nouvelles obligations compte tenu de l’incapacité à rembourser les précédentes qui sont arrivées à échéance.
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« J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que, suite aux incidents de paiement intervenus du 27 au 29 août 2024 à hauteur de 30 604 705 800 Fcfa, aucune émission ne peut être faite pour la semaine du 2 au 5 septembre 2024 », écrit Albert Ngondo. Le patron de la Trésorerie estime qu’il s’agit d’un « défaut de paiement » alors même que les agences de notation accordent généralement un délai de grâce de 30 jours avant de classifier la créance dans cette catégorie. Mais sans doute, le dirigeant anticipe-t-il sur l’incapacité de son pays à rattraper ce manquement. La preuve, il signale à sa hiérarchie que, compte tenu de l’incapacité à émettre de nouveaux emprunts cette semaine, et si « aucune diligence n’est faite », le Congo pourrait à manquer deux remboursements prévus les 05 et 07 septembre 2024 pour un montant global de 21,3 milliards de Fcfa.
Tensions de trésorerie
Cet incident de paiement n’est pas le premier pour le Trésor public congolais, qui a, auparavant, été défaillant à 2 reprises sur ses euro-bonds en 2017 et 2018. Avec une dette colossale (99 % du PIB au 31 décembre 2023) ; des recettes publiques qui évoluent moins rapidement et une gestion budgétaire questionnable, le pays éprouve de plus en plus de difficultés à honorer ses échéances. Dans un rapport publié le 30 août, Fitch Ratings a déploré une « gestion médiocre des finances publiques » laquelle s'est matérialisée au 1er semestre 2024 par de nouveaux arriérés sur la dette extérieure, remettant en cause le plan d’assainissement engagé par le pays avec le concours du FMI. « Notre trajectoire prévisionnelle dette/PIB est sujette à des incertitudes. L’audit en cours des arriérés intérieurs pourrait conduire à de nouvelles révisions à la hausse du stock ». Malgré les paiements manqués, l'agence américaine de notation n’a pas rétrogradé la note du pays, estimant que le programme de restructuration des arriérés commerciaux intérieurs pourrait se traduire par une réduction du stock de la dette.
Un mauvais signal pour le marché
La Beac n’a pas officiellement communiqué sur ces défauts de paiement qui ont eu lieu et ceux qui devraient avoir lieu cette semaine. Une situation, tout de même inconfortable, qui pourrait refroidir les ardeurs des investisseurs régionaux sur le marché des titres publics. Avec 34,9 % de l’encours global des titres en circulation au 31 mars 2024, le Congo est l’émetteur de référence sur ce marché devant le Gabon et le Cameroun.
L’insolvabilité de ce pays vient surtout remettre en doute le mécanisme de sûreté par débit d’office mis en place par la banque centrale pour assurer les remboursements. Il s’agit d’un droit qu’a la Beac de prélever automatiquement dans le compte du pays pour renflouer les comptes séquestres ouverts pour chaque emprunt. Le non-règlement des échéances du 27 au 29 août et éventuellement celles du 05 et 07 septembre signifie que les recettes du pays sont devenues insuffisantes pour respecter ses obligations.

