« Aujourd’hui dans la Cemac, tous les pays importent les produits pétroliers finis. Cela fragilise notre position extérieure », en créant notamment une forte pression sur les réserves de change de la sous-région. Ce constat teinté d’inquiétudes a été fait le 24 juin 2024 au siège de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) à Yaoundé, par le patron des lieux, le Centrafricain Yvon Sana Bangui. Le gouverneur de la Beac, la banque centrale commune des six pays de la Cemac, s’exprimait ainsi sur la problématique des réserves de change de la Cemac, au cours de la traditionnelle conférence de presse ayant clôturé la 2ème session du Comité de politique monétaire de la Beac, pour le compte de l’exercice 2024.
« Le Tchad, qui produit du pétrole brut et dispose d’une raffinerie sur place, importe également des produits finis. Nous [la Beac, à travers le compte d’opérations] réglons ces factures en dollars, ce qui nous expose à un risque [d’érosion des réserves de change]. Il fallait interpeller les dirigeants de la raffinerie. Puisque la matière première (pétrole brut) est disponible, pour quoi ne pas produire davantage de produits raffinés pour satisfaire la demande locale et exporter dans d’autres pays de la sous-région ? », s’interroge le gouverneur de la Beac. Yvon Sana Bangui livrait ainsi la quintessence des échanges qu’il a eu le 14 juin 2024 avec les dirigeants de la Société de raffinage de Ndjaména, dont il a visité les installations au cours de son récent passage au pays de Toumaï.
En effet, la Société de raffinage de Ndjaména ne transforme officiellement qu’un million de barils de pétrole brut chaque année. Mais, dans le même temps, le pays exporte mensuellement d’importantes cargaisons d’or noir, pouvant pourtant être transformées localement pour approvisionner le pays en produits pétroliers finis tels que le gasoil, le super, le pétrole lampant ou encore le gaz domestique. Cette transformation locale plus importante permettrait d’éviter les importations de produits pétroliers finis, et de préserver les réserves de change qui servent généralement à payer solidairement les importations des pays de la Cemac, indépendamment du volume de réserves dont dispose chaque Etat dans la cagnotte globale.
Pipeline Tchad-Cameroun
Selon les chiffres révélés par le Comité de pilotage et de suivi des pipelines (CPSP), qui assure le suivi conjoint de la gestion de l’oléoduc Tchad-Cameroun, infrastructure à travers laquelle Ndjamena exporte le brut produit dans ses champs pétroliers, le pays a expédié vers le marché international 15,3 millions de barils de pétrole brut entre janvier et avril 2023. Ces exportations de brut ont officiellement culminé à 48 millions de barils en 2021, correspondant à 48 fois les cargaisons transformées localement.
« Au Cameroun, je plaide également pour que la Sonara (Société nationale de raffinage) soit très rapidement restaurée. Je lance cet appel en direction des autorités », a par ailleurs indiqué Yvon Sana Bangui lors de la conférence de presse du 24 juin 2024. En effet, depuis l’incendie qui a ravagé les installations de la Sonara en mai 2019, le Cameroun importe tous les produits pétroliers finis consommés sur le territoire national. A en croire les chiffres révélés par l’Institut national de la statistique (INS), cet autre pays de la Cemac a importé plus de 2 millions de tonnes de carburants et lubrifiants en 2023.
Les importations de ces produits ont coûté au Cameroun une enveloppe de 1 128 milliards de FCFA. Dans la pratique, cette facture globale est payée sur les réserves de change du pays domicilié dans le compte d’opérations des pays de la Cemac, logé dans les livres du trésor français, selon les accords liant les pays de la Cemac à l’Hexagone. De fait, une reprise de la production à la Sonara permettrait de préserver une bonne partie des réserves de change de la Cemac. D’où l’appel à une réhabilitation urgente de cette raffinerie, lancé par le gouverneur de la Beac.

