Dans un contexte de relance des investissements publics et de normalisation progressive du marché financier régional, le Trésor gabonais revient sur le compartiment obligataire de la CEMAC avec une opération structurée et calibrée : un emprunt obligataire par appel public à l’épargne (APE) d’un montant total de 85 milliards FCFA, baptisé « EOG 2026 à tranches multiples ». À travers cette émission, Libreville entend mobiliser des ressources longues, diversifier sa base d’investisseurs et financer des projets structurants inscrits dans la loi de finances 2026.
L’opération s’inscrit dans une stratégie d’endettement assumée pour l’exercice en cours. Face à un service de la dette important, le gouvernement privilégie un recours maîtrisé au marché financier régional afin de soutenir la croissance économique et d’accélérer l’exécution des chantiers publics. L’objectif est clair : financer les infrastructures et programmes prioritaires sans recourir excessivement au crédit bancaire domestique, et ainsi préserver l’accès des entreprises privées aux ressources financières.
Une opération structurée en deux tranches attractives
Ainsi, l’emprunt « EOG 2026 » est structuré en deux tranches de maturités et de rendements différenciés, offrant aux investisseurs un arbitrage entre horizon de placement et niveau de rémunération. Dans le détail, la tranche A, d’un montant de 42,5 milliards de FCFA, présente une maturité de trois ans avec un taux d’intérêt nominal de 6% net par an. La tranche B, également dotée de 42,5 milliards de FCFA, affiche une maturité de quatre ans et un taux de 6,5% net par an. Les deux tranches sont remboursables in fine, c’est-à-dire que le capital sera intégralement remboursé à l’échéance, les intérêts étant servis chaque année, à partir du premier anniversaire de la date de jouissance fixée au 10 mars 2026.
La valeur nominale des obligations est fixée à 10 000 FCFA, pour un prix d’émission au pair (100 %). Au total, 8 500 000 titres seront émis. Le minimum de souscription est fixé à 50 obligations, soit 500 000 FCFA, rendant l’opération accessible aussi bien aux investisseurs institutionnels qu’aux personnes physiques disposant d’une épargne significative.
60 milliards en cash et 25 milliards en rachat de créances
L’originalité de l’opération réside également dans son montage financier. Sur les 85 milliards FCFA recherchés, 60 milliards seront mobilisés en cash, tandis que les 25 milliards FCFA restants prendront la forme d’un mécanisme de rachat partiel de créances commerciales par injection de liquidité. Ce dispositif permettra à l’État d’assainir une partie de ses engagements vis-à-vis d’opérateurs économiques, en transformant des créances commerciales en instruments financiers négociables. Ce schéma contribue à fluidifier la trésorerie du secteur privé tout en consolidant la signature souveraine sur le marché régional.
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L’emprunt est conduit par Emrald Securities Services Bourse (ESS Bourse), désignée arrangeur et chef de file de l’opération. CCA Bourse intervient en qualité de co-arrangeur. Le syndicat de placement quant à lui comprend ESS Bourse, CCA Bourse, CBC Bourse, Elite Capital, Horus Investment Capital et BGFI Bourse, assurant une couverture étendue auprès des investisseurs de la sous-région.
Un cadre sécurisé et adossé à la BEAC
Selon le document d’information publié dans le cadre de cet emprunt, les titres seront dématérialisés et inscrits en compte auprès du Dépositaire central de la BEAC, puis tenus dans les livres des teneurs de comptes agréés par la COSUMAF. Ils seront cotés à la BVMAC, offrant ainsi une liquidité sur le marché secondaire.
Le mécanisme de sûreté constitue un élément central de l’attractivité de l’opération. Un compte séquestre spécifique, intitulé « Dépôt Spécial – Amortissement de l’Emprunt Obligataire de l’État Gabonais EOG 2026 à tranches multiples », sera ouvert dans les livres de la BEAC. Ce compte sera approvisionné automatiquement le 15 de chaque mois à hauteur d’un douzième de l’annuité (principal et intérêts), par débit d’office du Compte unique du Trésor.
Ce mécanisme garantit une discipline budgétaire et sécurise le service de la dette vis-à-vis des détenteurs d’obligations. À l’approche de chaque échéance, le chef de file et le Dépositaire central adresseront un appel d’échéance à l’émetteur, qui donnera ordre à la BEAC de procéder au paiement via le compte séquestre au profit des investisseurs.
Par ailleurs, les titres sont éligibles au refinancement auprès de la BEAC selon les modalités fixées par son Comité de politique monétaire, ce qui renforce leur attractivité auprès des banques de la zone CEMAC.
Une fiscalité incitative et un rapatriement libre
Sur le plan fiscal, les intérêts servis sont exonérés de tous impôts et taxes au Gabon. Ils bénéficient également d’une exonération de l’impôt sur le revenu des capitaux mobiliers dans les pays membres de la CEMAC, conformément au règlement communautaire en vigueur.
Pour les investisseurs non-résidents de la CEMAC, les revenus seront soumis à la législation fiscale de leur pays de résidence. Les rapatriements des produits des placements liés au remboursement de l’emprunt pourront être effectués librement, dans le respect de la réglementation de change applicable. Cette combinaison d’exonérations fiscales régionales et de liberté de rapatriement constitue un argument majeur pour attirer les investisseurs institutionnels, y compris internationaux.
Gestion des scénarios de marché
La période de souscription s’étend du 25 février au 25 mai 2026, sous réserve d’éventuelles modifications approuvées par la COSUMAF. La prise ferme est fixée à 10 milliards FCFA, avec possibilité d’extension en cas d’offre additionnelle validée par l’émetteur.
En cas de sous-souscription à la clôture, l’État pourra solliciter une prorogation de la période de souscription. À défaut, le montant final de l’émission sera égal à la prise ferme augmentée des montants effectivement collectés.
En cas de sursouscription, l’État se réserve la possibilité de solliciter l’autorisation d’accepter totalement ou partiellement les souscriptions additionnelles, ou de procéder à une réduction des ordres. La priorité pourrait être accordée aux personnes physiques, tandis que les souscriptions des établissements bancaires seraient réduites au prorata, en fonction des objectifs de financement recherchés.
Enfin, une clause de rachat permet à l’État de racheter les titres sur le marché secondaire après leur admission au Dépositaire central, les obligations ainsi acquises étant annulées.

