Le 22 janvier dernier, Michel-Cyr Djiena Wembou a bel et bien assisté au sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la Communauté economique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), en tant que secrétaire permanent du Programme des réformes économiques et financières de la Cemac (Pref-Cemac). Du reste, cet organe subsidiaire a vu ses missions renforcées par l’évaluation trimestrielle des recommandations arrêtées à Brazzaville. Derrière cette sérénité apparente, le Pref-Cemac vient de vivre un psychodrame dont raffolent les institutions communautaires.
Le 12 janvier, Florent Ntsiba, le directeur de cabinet de Dénis Sassou Nguesso, president dédié du Pref-Cemac, transmettait au chef de la diplomatie congolaise, Jean Claude Gakosso, l’accord de son patron à la demande du 18 décembre de Michel-Cyr Djiena Wembou en faveur du renouvellement de son mandat pour quatre années supplémentaires. Une suite favorable qui survenait trois jours après que le juriste publiciste camerounais ait écrit au président congolais, par l’entremise de Florent Ntsiba, pour solliciter une audience et se plaindre d'une “rupture unilatérale et abusive” de son contrat avec le Pref-Cemac.
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Présélection
Cette note fait suite à une correspondance, consultée par EcoMatin et en date du 7 janvier, du ministre congolais des Finances, du Budget et du Portefeuille public, Christian Yoka. Ce dernier, par ailleurs président du Comité de pilotage (Copil) du Pref-Cemac, informe Michel-Cyr Djiena Wembou de ce que son mandat de quatre ans a échu le 30 novembre. De ce fait, il n’est plus le secrétaire permanent. Mieux, Christian Yoka s’engage « à titre exceptionnel et discrétionnaire » à lui accorder une « indemnité pour services rendus » et un « appui logistique » pour l’aider à rapatrier ses effets personnels, puisque le siège de l’organe se trouve à Brazzaville.
Entre temps, Christian Yoka a chargé la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) de lancer le processus de présélection des candidats au poste de secrétaire permanent. Les Centrafricains Adrien Stanislas Yadenzi, cadre à la banque centrale, Gervais Magloire Doungoupou, travaillant dans le système des Nations unies, et Steve Laurent Apete-Matongo, fonctionnaire au ministère de l’Economie de son pays, sont shortlistés le 12 décembre et leurs noms transmis au président du Copil pour d’éventuels entretiens en vue de la désignation du futur responsable. Depuis lors, cette démarche n’a pas connu de suite.
Cela n’ébranle pas pour autant le titulaire du poste qui crie à une « injustice flagrante », tout en sollicitant « l’arbitrage administratif » du président dédié du Pref-Cemac. « Mon contrat de travail qui est conforme aux conditions de validité requises par le droit du travail et le statut du personnel de la communauté, continue de produire ses effets juridiques à mon égard, car ayant été dûment signé par l’autorité revêtue du pouvoir de nomination et habilitée à le faire », souligne Michel-Cyr Djiena Wembou dans sa missive du 9 janvier adressée à Dénis Sassou Nguesso et également consultée par EcoMatin.
L’universitaire camerounais cible particulièrement Antoine Nkodia, collaborateur de Christian Yoka et président de la cellule de suivi du Pref-Cemac auprès du président du Copil. « Je précise en toute franchise et en toute responsabilité que M. Nkodia a toujours utilisé des méthodes dilatoires pour m’empêcher de rencontrer le ministre des Finances et a toujours affiché un comportement hostile à mon égard, dans son souci manifeste de me remplacer au Pref-Cemac », ajoute-t-il.
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Désaveu
Face au statu-quo, que devient donc le processus engagé par la Beac, dans un contexte où le premier rapport d’évaluation trimestrielle du Pref-Cemac est attendu avant les réunions conjointes du FMI et de la Banque mondiale d’avril prochain, à Washington ? La collaboration entre le président du Copil - qui est l’instance ministérielle – et le secrétaire permanent est-elle encore possible dans une telle atmosphère ? En confortant Michel-Cyr Djiena Wembou par l’entremise de son directeur de cabinet, Dénis Sassou Nguesso semble momentanément avoir désavoué Christian Yoka, une situation qui serait de nature à le fragiliser dans son statut de président du Copil vis-à-vis du secrétaire permanent et de ses pairs que sont les ministres des Finances et de l’Economie des cinq autres Etats de la communauté.
Plus en vue que les deux autres organes subsidiaires - le Programme de rationalisation des communautés économiques régionales en Afrique centrale (CER-AC), qui vise à fusionner la Cemac et la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) et dont la présidence dédiée échoit au Camerounais Paul Biya, et le Programme d'amélioration du fonctionnement des institutions de la Cemac (Prafi-Cemac), sous la supervision du président équatoguinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo -, le Pref-Cemac se trouve donc dans une zone de turbulences. En attendant que le dirigeant congolais decide de trancher ce qui s’apparente à un nœud gordien…

