Dénis Sassou Nguesso a-t-il décidé de muscler le Programme des réformes économiques et financières de la Cemac (Pref-Cemac) ? Depuis sa mise en place, le président congolais en a continuellement assuré sa présidence, au point où certains observateurs en sont venus à considérer que cette institution - dont le siège se trouve justement dans la capitale congolaise - est en quelque sorte son bébé. A la faveur du sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) du 22 janvier, à Brazzaville, son rôle s’est vu renforcé.
« Enfin, par souci de disposer d'un mécanisme de suivi-évaluation plus actif et performant, la Conférence a prescrit que soit renforcé le secrétariat du Programme des réformes économiques et financières (Pref-Cemac) pour des missions d'évaluation trimestrielles auprès des acteurs chargés de la mise en œuvre des mesures énoncées, énonce le communiqué final élaboré à l’issue de la rencontre. Elle a instruit à ce propos le secrétariat technique du Pref-Cemac à mener l'évaluation du premier trimestre 2026 dans les meilleurs délais et à produire son rapport avant les assemblées du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale du printemps prochain. »
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Réalisations
Créé lors du sommet extraordinaire du 30 juillet 2016 de Yaoundé qui évita une dévaluation du franc Cfa, le Pref-Cemac devait contribuer aux redressement de la Communauté qui venait de subir un triple choc (économique, sécuritaire et humanitaire). La chute les mois précédents des cours des principals matières premières d’exportation de la zone, surtout du pétrole, du bois et du cacao, avait entrainé une baisse des recettes publiques et érodé les reserves de change. Les foyers de violence au Cameroun, en RCA et Tchad avaient accru l’insécurité, notamment à cause des incursions meurtrières de la secte Boko Haram à partir du Nigeria. Ce qui avait provoqué un afflux de réfugiés dans la region.
Pour conjurer cette conjoncture préoccupante, ce nouveau mécanisme devait coordonner les réponses aux crises. Le premier train de réformes fut mis en place sur la période 2017-2020. Mais, la crise sanitaire liée au covid et son impact économique ont abouti à une actualisation du document cadre pour la séquence 2021-2025. En huit années d’existence, le Pref-Cemac peut se targuer de quelques réalisations. Le 30 septembre dernier, à Brazzaville, son taux de réalisation pour 2024 se situait à 66,5%, en progression de trois points par rapport à 2023, au moment de lancer la troisième phase (2025-2029) du programme centrée sur la transformation structurelle de l’économie régionale.
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Parmi les succès engrangés, l’élaboration d’une stratégie communautaire d’import-substitution que le conclave de Brazzaville a exigé la mise en application pour rendre la sous-région moins dépendante aux importations de viande, de riz, de poisson, de manioc et d’hydrocarbures, et dont la dernière revision nécessite 658,1 milliards de F Cfa sur la période 2024-2026. Ou encore l’identification des 13 projets intégrateurs (infrastructures routières, énergétiques, portuaires) qui doivent accélérer la diversification économique, et dont la table-ronde de Paris, a permis la mobilisation de 9,2 milliards d'euros. Comme le confie un observateur averti de la Cemac : « C’est véritablement la seule institution communautaire qui marche. »
Rôle de gendarme
En lui conférant donc le mandat d'évaluer trimestriellement la mise en œuvre des recommandations du Sommet de Brazzaville, les chefs d’Etat ont tenu renforcer la position de Denis Sassou Nguesso, au-delà de son statut de président de la conference des chefs d’Etat. Surtout, ils mettent désormais le Pref-Cemac en concurrence avec la Commission de la Cemac qui, outre son rôle de coordination des programmes régionaux, a en charge la surveillance multilatérale pour amener les Etats à respecter les critères de convergence.
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Mais, des doutes subsistent quant à la capacité du Pref-Cemac à réussir là où la Commission éprouve des difficultés à obtenir des résultats probants. Car, contrairement à la Commission européenne qui dispose de véritables pouvoirs, dont celui de rappeler à l’ordre les Etats qui dérapent par rapport aux critères de convergence, sa consoeur de la zone Cemac reste démunie sur ce plan. Le Cameroun, le Congo,la Guinée équatoriale, le Gabon, le Tchad et la RCA n’ayant jamais songé à lui attribuer des capacités nécessaires pour l’amener à jouer un rôle de gendarme qui, pour le coup, est plutôt assuré par le FMI, à travers ses mises en garde comme celle qui a déclenché les deux derniers sommets extraordinaires.
Le premier test du Pref-Cemac dans ses nouveaux habits interviendra dans deux mois, lors des réunions du printemps du FMI et de la Banque mondiale, à Washington. Les institutions de Bretton woods pourront alors évaluer la qualité de son rapport sur la situation économique et monétaire de la zone Cemac.

