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Cemac : les banques détiennent des réserves “oisives” de plus de 2500 milliards FCFA en hausse de 44%

La surliquidité bancaire contre laquelle s'attaque aujourd'hui la BEAC semble pourtant bien se porter dans la CEMAC. Une surliquidité qui n’est ni un indicateur de l’excès d’offre de crédit, ni un indicateur de la faiblesse de la demande ; mais plutôt un indicateur de l’inadéquation entre l’offre et la demande de financements.

Dans un récent rapport qui compile les indicateurs économiques monétaires et financiers de la CEMAC, la BEAC révèle un ensemble de données qui permettent de justifier la surliquidité du système bancaire régional. Le rapport révèle qu’au 31 septembre 2023, l’encours des réserves totales de la cinquantaine de banques en activités dans la CEMAC s’ élevait à 3 616,7 milliards de FCFA.  27,4% de ce montant, soit 991,9 milliards FCFA représentait les réserves obligatoires. En effet, les banques agréent dans la région sont contraintes de conserver une partie des dépôts collectés auprès de leur clientèle dans des comptes rémunérés dits « comptes de réserves obligatoires » tenus par la BEAC.

Le reste, c’est-à-dire, 2 624,7 milliards FCFA est essentiellement des réserves excédentaires ou libres, voire « oisives » selon le FMI. Ce montant représente 25,4% des dépôts, 16% du total Bilan et 25,3% des crédits à l’économie du système bancaire régional à la période sous revue. Rapporté à la même période en 2022, le rapport de la BEAC permet de constater que les réserves libres ont enregistré un important bond de 44% en un an.

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Ces données permettent de justifier l’assertion de la BEAC selon laquelle le système bancaire de la CEMAC est surliquide. Une surliquidité qui n’est ni un indicateur de l’excès d’offre de crédit, ni un indicateur de la faiblesse de la demande ; mais plutôt un indicateur de l’inadéquation entre l’offre et la demande de financements. La preuve, sur la même période, l’encours de crédit n’a progressé que de 25%. Bien plus, seulement 3,5% de cet encours a une maturité longue ; le reste étant des prêts à court voire moyen terme qui ne permettent pas de financer la production.

Un frein à la transmission de la politique monétaire

Dans un récent rapport, la Banque centrale identifie clairement la surliquidité bancaire comme un frein à la transmission de sa politique monétaire qui vise à contenir les pressions inflationnistes. En effet, depuis novembre 2021, la BEAC a relevé à 4 reprises ses taux directeurs dans le but de rendre plus coûteux les crédits octroyés par les banques commerciales. L’objectif étant de réduire la création monétaire qu’elle identifie comme un frein à la transmission de sa politique monétaire. Sauf que si les banques sont suffisamment liquides, elles ne seront pas impactées par le resserrement des conditions financières de la Banque centrale en amont. « L’excès persistant de liquidité́ bancaire continue de nuire à la transmission de la politique monétaire », indique l’institut d’émission monétaire. 

Lire aussi : Yannick A. Fogne : « La surliquidité bancaire au Cameroun est un indicateur de la sous-performance du système financier et monétaire »

Pour ponctionner ces excédents, le comité de politique monétaire a récemment approuvé les émissions par la BEAC des bons du Trésor. «Nous allons demander à la communauté des banques qui ont de l’argent à mettre à la banque centrale de nous proposer des taux, suivant les montants de liquidité que nous voulons retirer du système. Chaque banque va faire son enchère, et au final nous allons obtenir un taux et retrancher la liquidité excédentaire qui existe au niveau de ces banques. C’est un instrument qui n’a pas encore été utilisé et puisqu’il se fera avec la banque centrale, c’est une contrepartie sûre ; il ne comporte donc aucun risque», a expliqué le Gouverneur de la Banque. Abbas Mahamat Tolli a souligné que cette décision résulte d’une gestion proactive des incertitudes économiques mondiales et des risques spécifiques à la Cemac. «Nous essayons de gérer au mieux la liquidité pour réduire la composante inflationniste qui viendrait de la monnaie, et l’émission de Bons à court terme offre une solution agile à ce défi», a expliqué le dirigeant.

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