Le Cameroun, première puissance de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), peine à servir d’exemple dans la mise en œuvre de sa politique budgétaire. En effet, les performances de chaque Etat membre de la Cemac sont évaluées sur la base de 04 critères. Il s’agit du : solde budgétaire de référence qui doit être supérieur à -1,5% ; Produit intérieur brut (PIB) ; taux d’inflation annuel moyen inférieur à 3% ; ratio stock d’endettement public (dette publique intérieure et extérieure) sur le PIB qui doit être inférieur ou égal à 70% et l’absence d’arriérés intérieurs et extérieurs sur la gestion courante.
Selon le Rapport sur l’économie camerounaise, le Cameroun n’a respecté qu’un seul des critères de convergence multilatérale en 2023. A l’observation, c’est pour la deuxième fois consécutive que le pays de Paul Biya enregistre ce score après deux critères atteints en 2021 (dette publique et inflation ressortie à 2,3%, Ndlr). A en croire le rapport dressé par le ministère de l’Economie, le seul critère respecté est celui relatif à la stratégie d’endettement. Le pays a achevé l’année dernière avec un encours estimé à 12 664 milliards de Fcfa soit 43,6% du PIB (inférieur à 70%) contre 44,7% en 2021. Un encours en baisse de 1,1% en glissement annuel.
Pour ce qui est du taux d’inflation, le Cameroun s’est davantage éloigné de la norme communautaire (3%) en enregistrant un taux de 7,4% en 2023 après 6,3% un an auparavant. Cette contreperformance est à mettre en lien avec la hausse des prix des produits pétroliers (gasoil et super) intervenue le 1er février 2023, avec pour conséquences, l’augmentation du coût de la vie (transport, logement, habillement, produits alimentaires, etc.). Le solde budgétaire de référence normé à -1,5% du PIB, s’est établi à -1,7% du PIB en 2023 bien qu’en nette amélioration par rapport à -3% en 2022. Bien plus, le « le critère concernant l'absence d'arriérés sur la gestion courante ne devrait pas être respecté. Ce non-respect est en partie dû aux difficultés de mobilisation des financements intérieurs », indique la même source.
Critères de convergence multilatérale
Outre les critères de convergence, de nouveaux indicateurs de surveillance sont en vigueur en zone Cemac depuis 2017, et ils servent de signaux d’alerte pour différents risques qui pèseraient sur le cadre macroéconomique. Sur 11 critères, au moins 05 n’ont pas été honorés par le Cameroun. Il s’agit en l’occurrence, du ratio de soutenabilité de la masse salariale (rapport entre les dépenses de personnel et les es recettes fiscales, Ndlr). Fixé à 35% en zone Cemac, le Cameroun a affiché un ratio de 36,6% en 2023. A la lecture du document supra indiqué, ce critère n’a pas été accompli sur les six dernières années et ce, malgré les opérations d’assainissement du fichier solde de l’Etat. Il faut dire que les salaires ont certainement pris du volume avec l’augmentation de 5,2%, du salaire de base des fonctionnaires à la suite de la hausse des prix à la pompe en début d’année dernière.
Le taux de pression fiscale demeure faible (13,6% contre un plancher de 17%). Le taux de croissance du PIB réel prévu quant à lui à 3,9% en 2023, est resté inférieur à la norme qui est de 7%. Le taux d’investissement ressortirait à 17,5% en 2023 inférieur aux 20% arrêtés en zone Cemac. Enfin, le solde du compte courant hors dons affiche -3,5% du PIB contre un seuil de 5%. Pour rappel, le solde budgétaire de référence est la différence entre le solde budgétaire global [différence entre les recettes budgétaires dons compris et les dépenses publiques totales] dons compris et les ressources pétrolières à épargner, Ndlr). Le solde du compte courant, pour sa part, traduit l'excédent du revenu national sur les dépenses.

