Selon le dernier rapport de politique monétaire de la Beac, la croissance économique dans les six pays de la Cemac (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et République centrafricaine) devrait atteindre 3,2% en 2025, contre 2,7% en 2024 et 2,0% en 2023. Cette progression est attribuée aux initiatives de transformation structurelle en cours, notamment la stratégie sous-régionale de substitution aux importations pour des produits clés comme la viande bovine, le poisson et le riz. Mais bien que les prévisions de croissance affichent une amélioration, elle demeure insuffisante pour garantir une reprise économique solide. De plus, cette projection reste exposée à plusieurs risques, notamment l’instabilité de la demande extérieure et la dépendance aux matières premières. Dans ce contexte, la Beac redoute une inflation persistante qui pourrait compromettre le pouvoir d'achat des ménages et déséquilibrer la région, malgré un objectif affiché de ramener son taux à 3% en 2025.
En effet, malgré la légère reprise économique, les tensions inflationnistes restent vives. Selon la Beac, le taux d’inflation en moyenne annuelle se situe à 4,5% en septembre 2024, bien au-delà de la norme communautaire de 3%. Cette inflation est alimentée par plusieurs facteurs à savoir : « les effets des changements climatiques, notamment les inondations, les coûts encore élevés des intrants agricoles, la pression de plus en plus forte de la demande au Tchad suite à l’afflux de réfugiés soudanais, ainsi que les effets des révisions à la hausse des prix des carburants à la pompe au Cameroun », explique la banque centrale dans un document intitulé « Evolution de l’inflation dans la Cemac à fin septembre 2024 et perspectives à court et moyen termes ».
Ainsi, pour éviter une surchauffe inflationniste en période de reprise économique, la Beac pourrait poursuivre avec sa politique d’austérité en maintenant ses taux directeurs à des niveaux élevés. Lors de sa dernière réunion en décembre 2024, le Comité de Politique Monétaire a décidé pour la huitième fois consécutive en l’espace de deux ans, de conserver le taux d’intérêt des appels d’offres à 5% et le taux de facilité de prêt marginal à 6,75%. Ces décisions visent à limiter l'accès au crédit bancaire et à maîtriser la masse monétaire en circulation afin d’atténuer les tensions inflationnistes.
Pourquoi maintenir les taux élevés ?
En outre, la banque centrale reste vigilante face à la gestion de la liquidité excédentaire dans le système bancaire, qui pourrait nourrir l'inflation si elle était trop facilement accessible. D’où la nécessité de maintenir ses opérations de ponction de la liquidité dans le circuit bancaire sous-régional. Toutefois, une question persiste : pourquoi maintenir des taux élevés malgré la croissance ? L'argument central de la Beac est que, même avec une croissance à 3,2%, les fondamentaux macroéconomiques restent fragiles.
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Ainsi, trois principales raisons expliquent pourquoi cette reprise de la croissance ne suffit pas à justifier un assouplissement monétaire. D’abord, l’inflation persistante bien au-delà du seuil de 3%. Ensuite, la vulnérabilité des économies de la Cemac. La région reste fortement dépendante des exportations de matières premières, notamment du pétrole, dont les prix sont volatiles. Un choc externe sur ces prix pourrait rapidement inverser la dynamique de croissance et aggraver les déficits budgétaires des États. Et enfin, le besoin de stabilisation des avoirs extérieurs. La Beac cherche également à renforcer ses réserves de change afin de garantir la stabilité du franc CFA. Une politique monétaire trop accommodante pourrait entraîner une fuite des capitaux et fragiliser la couverture monétaire.
La Beac entre soutien à la croissance et lutte contre l’inflation
« Tant que les pressions inflationnistes resteront supérieures à la norme communautaire de 3%, que les avoirs extérieurs demeureront en dessous des objectifs fixés, et que les finances publiques continueront de se détériorer, notamment avec des dérives budgétaires, la politique monétaire de la Beac conservera son orientation restrictive », déclarait le gouverneur de la Beac Yvon Sana Bangui, au sortir de la session du Comité de Politique Monétaire de décembre 2024.
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Ainsi, le principal défi pour la Beac est de trouver un équilibre entre la nécessité de stabiliser les prix et le besoin de soutenir l’investissement et l’activité économique. Le maintien de taux directeurs élevés limite l’accès au crédit, ce qui pénalise particulièrement les Petites et Moyennes Entreprises (PME), moteur essentiel de la diversification économique. Toutefois, un assouplissement prématuré de la politique monétaire pourrait être perçu comme un signal négatif par les investisseurs et les institutions financières internationales. Il est donc probable que la banque centrale privilégie une approche prudente en maintenant sa politique monétaire restrictive jusqu’à ce que l’inflation montre des signes clairs de stabilisation.

