Les derniers développements autour de l’affaire des faux billets de banque révélée par l’arrestation, le 8 août dernier, de trois individus en possession de plus de 50 millions de Fcfa en fausse monnaie renforcent l’hypothèse de l’implication de personnalités haut placées dans ce trafic. Le parquet de Bangui, la capitale, accuse ouvertement la direction générale de la police d’entraver l’enquête relative à ce réseau de faussaires qui semble étendre ses tentacules dans la plupart, si ce n’est dans l’ensemble des 6 pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Les billets ont été fabriqués à Douala, au Cameroun, avant d’être acheminés par route vers la République centrafricaine.
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Dans un communiqué publié le 23 août, le procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Bangui, Benoît Narcisse Foukpio, dénonce le refus de collaborer de la police judiciaire dans la procédure. Il étaye son propos en expliquant que l’officier de police judiciaire de la Sureté urbaine, qui a piloté les opérations ayant conduit à l’arrestation des nommés Moro Dasylva Sylvain, Yaya Saïdou Younous et Aboubakar Abdoulaye, respectivement de nationalités centrafricaine, camerounaise et sénégalaise, a catégoriquement refusé de présenter le stock de faux billets saisis dans les services du parquet pour servir comme pièces à conviction.
Ce refus qui, d’après le procureur, viole distinctement les dispositions des articles 36 à 40 du Code de procédure pénale en vigueur en Centrafrique, rend incertaines les prochaines audiences des flagrants délits du Tribunal de grande instance de Bangui, alors même que la juridiction avait prévu d’inscrire l’affaire au rôle desdites audiences. L’on est en plein dans une crise ouverte entre l’institution judiciaire et la police dans cette affaire qui devrait appeler à l’arbitrage du président de la République, Faustin Archange Touadera. Depuis le départ, en effet, l’officier de Sûreté n’a pris d’ordres que de sa hiérarchie, c’est-à-dire, du directeur général de police. Il n’a pas pris la peine d’informer le parquet des opérations qu’il menait, encore moins de solliciter un mandat de la justice avant les perquisitions menées dans les domiciles des trois suspects. Le procureur de la République considère ce refus manifeste de collaborer comme une « faute professionnelle susceptible de traduction devant la chambre d’accusation de la Cour d’appel pour le retrait de sa qualité d’officier de police judiciaire ».
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Le stock de billets aurait été déposé à la représentation nationale de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) en République centrafricaine sur ordre du directeur général de la police, se défend l’officier de Sûreté, cité par la chaîne de radio privée Ndekeluka, émettant à Bangui. La banque centrale n’a pour l’heure pas confirmé cette information. En rappel, dans un communiqué publié à la suite des arrestations mentionnées supra, le commissaire central de police, Eric Dangala, a indiqué dans un communiqué que ce trafic est le fait « d’une entreprise d’hommes bien organisés qui œuvrent en complicité avec certaines autorités centrafricaines, qui trouvent dans cette activité un moyen facile et rapide de s’enrichir ». L’implication de certains gros bonnets de la République pourrait bien être à l’origine de la complexification du dossier et du manque de solidarité qui s’observe dans le sérail centrafricain. Selon des sources d’EcoMatin, l’opération menée le 8 août dernier a permis de mettre la main sur une somme plus élevée, soit près d’un milliard Fcfa de faux billets.

