La situation en République centrafricaine a été marquée ces dernières semaines par une résurgence des pénuries de carburant. Le pic a été atteint à Bangui, la capitale, au cours de la première semaine d’août. Les autorités ont évoqué des retards d’approvisionnement et tenté de rassurer en annonçant un retour à la normale, mais les queues sont toujours visibles dans les stations-service à certaines heures de la journée, notamment dans l’après-midi. Cette situation montre que le marché centrafricain des carburants peine à se stabiliser, malgré l’appui significatif de la Russie qui a offert, en début d’année, 30.000 tonnes de gasoil, soit près de la moitié de la consommation annuelle du pays. Ce don dont la distribution a commencé début mai, distribution qui s’est accompagnée d’une baisse de 100 Fcfa sur les prix du super et du gasoil à la pompe était censé alléger les tensions d’approvisionnement pendant au moins 6 mois dans le pays selon le gouvernement, mais les perturbations persistent. Le marché demeure en effet structurellement sous tension, même si le monopole accordé par l’Etat à la junior pétrolière camerounaise Neptune Oil S.A en 2023 pour les approvisionnements en produits pétroliers de la République centrafricaine a fait progresser les recettes fiscales issues des carburants de 42 % en 2024 (+17,8 milliards Fcfa en valeur absolue).
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Dans son rapport relatif aux 3e et 4e revues de l’accord au titre de la facilité élargie de crédit (FEC) grâce auquel le pays va bénéficier d’un nouveau décaissement de 33,4 milliards Fcfa, publié en juin, le Fonds monétaire international (FMI) indique que cette situation est due au fait que l’importateur monopolistique continue de privilégier les acheminements routiers coûteux plutôt que les importations fluviales par l’Oubangui, entraînant des marges élevées et une baisse des recettes fiscales par litre (–5,5 % en 2024), malgré la diminution des prix mondiaux. L’institution financière déplore que le gouvernement n’ait jusque-là pas trouvé d'accord pour plafonner les marges de son partenaire stratégique malgré le plan de réforme du marché des carburants. C’est une situation que l’audit en cours sur les structures de coûts, exigé par le FMI, devrait clarifier. Cette opération devrait également déboucher sur la définition d’un plafond approprié.
L’espoir du fleuve Oubangui
L’institution de Bretton Woods fait pression sur les autorités centrafricaines pour la reprise des importations des produits pétroliers par voie fluviale. Pour elle, seule cette perspective pourrait changer la donne. Les autorités ne misent pas moins sur cette voie d’approvisionnement moins coûteuse, mais elles sont en désaccord avec le FMI quant à l’opportunité de lever le monopole accordé à Neptune Oil S.A au prétexte de réduire la dépendance à l’importateur unique et améliorer la compétitivité du marché. Le 25 juillet 2025, une campagne de balisage du fleuve Oubangui a été lancée. Celle-ci est présentée comme une étape clé pour sécuriser la navigation et fluidifier le transport des marchandises depuis le Congo voisin. Le bateau de balisage, arrivé de Brazzaville après 600 km de trajet, installe balises et signaux le long du cours d’eau jusqu’à Bangui. Cette opération est censée durer 45 jours. A terme, une partie des recettes issues de la monétisation (hors taxes) du don russe est justement censée être réinvestie pour importer du carburant via l’Oubangui, le reste devant servir au financement du budget national. Ce mécanisme, appelé à être renouvelé automatiquement, sera géré par la Société panafricaine du pétrole et des produits raffinés (SOPRAF), avec un engagement de transparence sur les flux financiers.
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