La République centrafricaine poursuit la modernisation de son système financier. Le 10 novembre à Bangui, le gouvernement et la Société financière internationale (IFC), filiale du Groupe de la Banque mondiale dédiée au secteur privé, ont organisé un atelier consacré à l’accélération de la digitalisation des services financiers. L’événement, marqué par la signature d’un accord de coopération, a réuni autorités publiques, banquiers, opérateurs télécoms et partenaires techniques.
Cette initiative s’inscrit dans la stratégie nationale de bancarisation, qui vise à combler un retard majeur : seuls 13,8% des adultes disposent d’un compte bancaire, ce qui signifie que près de 9 Centrafricains sur 10 demeurent exclus du système formel. Ce déficit structurel freine la circulation de l’épargne, limite l’accès au crédit et entrave la formalisation des échanges économiques. En misant sur les technologies numériques, Bangui espère briser cet isolement financier et stimuler la compétitivité du tissu productif.
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Pour Yambouka Wamata, représentant du ministère des Finances et du Budget, « la digitalisation constitue un levier stratégique pour faire évoluer notre secteur vers plus d’efficacité et d’inclusion ». Le gouvernement entend en effet s’appuyer sur les paiements mobiles et les plateformes numériques pour démocratiser l’accès aux services financiers, réduire les coûts de transaction et renforcer la traçabilité des opérations. Ange Claver Kouassi, représentant pays de l’IFC, souligne un partenariat « fondé sur une conviction simple : quand la finance numérique devient accessible, les opportunités se multiplient, surtout pour celles et ceux qui restent à l’écart du système formel ». L’accord repose sur trois axes : le partage de connaissances via des ateliers techniques et échanges d’expérience ; le renforcement des institutions financières à travers le programme DigiLab ; et l’élargissement de la couverture nationale grâce au déploiement de 300 agents de mobile money, soutenu par la Banque mondiale.
Selon l’IFC, l’objectif est de doter les banques et institutions de microfinance d’outils numériques performants, capables d’étendre leur impact et d’adapter leurs services aux besoins des populations non desservies. Ce programme s’inscrit dans la stratégie 2030 de l’IFC, qui accorde la priorité aux pays fragiles, et s’aligne sur le Plan national de développement centrafricain, notamment sur ses volets transformation digitale, compétitivité et emploi. Les retombées attendues sont multiples : amélioration de l’inclusion financière des ménages, dynamisation de la consommation, formalisation de l’économie informelle et renforcement de la liquidité domestique. En facilitant la collecte des recettes et le paiement des prestations publiques par des canaux digitaux, la réforme pourrait également accroître les marges budgétaires de l’État et améliorer la transparence des flux financiers.
Pour transformer cette ambition en moteur de croissance et de stabilité, les autorités devront toutefois relever plusieurs défis : la fiabilité du réseau mobile, la protection des données, cybersécurité, mais aussi la réduction de la fracture numérique entre Bangui et les provinces où la couverture reste encore limitée.

