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Conjoncture

Centrafrique : qui est Deya Abazene Portia, l’entrepreneure qui rêve de devenir la première maire élue de Bangui ?

Pour la première fois depuis 1988, la capitale centrafricaine s'apprête à élire un maire plutôt qu'à en recevoir un de nomination gouvernementale. Favorite du scrutin, l'entrepreneure Deya Abazene Portia promet de moderniser la gestion municipale, assainir la ville et numériser les recettes locales.

Publiée jeudi 4 juin 2026 à 13:13:00Modifiée jeudi 4 juin 2026 à 19:13:53Temps de lecture 7 minPar Jean Omer Eyango

La ville de Bangui s’apprête à tourner une page de son histoire. Pour la première fois depuis 1988, la capitale de la République centrafricaine s’apprête à se choisir un maire issu des urnes et mettre fin à l’ère des édiles nommés. Le scrutin, qui va intervenir après l’élection des maires des neuf arrondissements de la capitale, dans une dizaine de jours, met aux prises deux femmes : Deya Abazene Portia et Prisca Roseline Mano. À ce stade, la première apparaît comme la mieux placée pour succéder à Émile-Gros Raymond Nakombo, dont le mandat s’est achevé dans la controverse.

Suspendu de ses fonctions après des tensions ouvertes avec son personnel et les autorités de tutelle, le maire sortant a vu son avenir politique s’assombrir alors même qu’une partie des agents municipaux dénonçaient des arriérés de salaires et une gestion calamiteuse des finances de la municipalité. L’élection du futur maire prend donc des allures de refondation pour une ville confrontée à des défis colossaux en matière de finances, d’assainissement, de mobilité et de gouvernance. Parmi les deux candidates déclarées, Deya Abazene Portia présente un profil rare dans le paysage politique centrafricain.

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Formée à l’École nationale d’administration et de magistrature (Enam) du Cameroun, elle cumule d’abord une longue expérience dans l’administration publique, couronnée, notamment, par sa nomination comme receveur principal des douanes centrafricaines, avant de se tourner vers les affaires. À la tête du groupe Queen P Design, actif dans la décoration, la communication, les prestations de services et l’immobilier, elle s’est progressivement imposée comme l’une des figures féminines les plus visibles du monde entrepreneurial centrafricain. Son influence dépasse toutefois le seul cadre des affaires.

Présidente de la Fédération des associations des femmes entrepreneures de Centrafrique (Fafeca), elle s’est engagée depuis plusieurs années dans la promotion de l’entrepreneuriat féminin et de l’autonomisation économique des femmes. À travers cette organisation, elle plaide pour un meilleur accès des femmes au financement, à la formation et aux opportunités économiques, dans un pays où le secteur informel demeure le principal pourvoyeur d’emplois. Cette trajectoire lui a valu d’être désignée, en février dernier, présidente-pays du G100 pour l’entrepreneuriat et le business durables, un réseau mondial de femmes leaders. Elle préside également, depuis l’année dernière, la Fédération centrafricaine de basketball sur fauteuils roulants.

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Deya Abazene Portia s’est aussi fait remarquer par ses prises de position sur les questions liées à la représentation des femmes dans l’espace public. Conseillère municipale élue du premier arrondissement de Bangui à l’issue des élections municipales de fin décembre 2025, Deyaelle entend transformer la capitale à travers un programme particulièrement ambitieux articulé autour de plus de 50 engagements, dont 12 prioritaires. La première urgence concerne l’assainissement urbain. La candidate promet de remettre aux normes la décharge de Kolongo, la seule de la ville, grâce à la construction de quatre nouvelles cellules d’enfouissement et à l’installation d’un bassin de traitement des lixiviats, ces eaux polluées produites par la décomposition des déchets.

L’enjeu est crucial. Bangui produit aujourd’hui près de 930 m³ de déchets par jour, mais seulement 320 m³ sont effectivement collectés, soit à peine plus du tiers des volumes générés. Pour inverser cette tendance, elle prévoit la création d’une filière intégrée de collecte et de tri reposant sur un nouveau statut d’« opérateur de propreté de Bangui » (OPB), ouvert aux associations, coopératives, microentreprises et groupements de jeunes. Ces structures bénéficieront d’un enregistrement gratuit, d’une accréditation municipale, d’un contrat de prestation et d’un compte mobile money professionnel. L’objectif affiché est de créer 300 emplois formels dans la filière d’ici la fin du mandat, dont 60% réservés aux femmes et 70% aux jeunes de moins de 35 ans.

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Fuite de recettes

Le dispositif sera complété par la campagne citoyenne « Mbi tondô, Bangui yeke propre », destinée à promouvoir le tri sélectif dans les quartiers, les écoles et les marchés. Elle prévoit d’installer 100 points de collecte équipés de trois bacs distincts (déchets organiques, plastiques et papiers, déchets non recyclables). Une contribution mensuelle de 500 Fcfa par ménage est également envisagée afin de financer durablement les opérations de propreté, tandis qu’une brigade municipale baptisée « Fini Ngangu » sera créée. Constituée d’une cinquantaine de jeunes recrutés dans les arrondissements, elle sera chargée de la sensibilisation, du curage préventif des caniveaux, de la médiation sociale et de la répression des infractions liées à l’insalubrité.

À cela s’ajoute le projet « Bangui Zéro Plastique Perdu », qui doit aboutir à la création d’un centre de collecte et de valorisation chargé de récupérer, trier, compacter puis revendre les déchets plastiques aux unités de transformation locales ou régionales. Sur le plan économique, Deya Abazene Portia mise sur une profonde modernisation de la gestion municipale. Cette réforme apparaît d’autant plus stratégique que la future équipe municipale héritera d’une collectivité lourdement endettée. Pour espérer assainir les comptes de la ville, la candidate mise sur l’élargissement de l’assiette fiscale locale, la réduction des fuites de recettes et la digitalisation des paiements, avec l’ambition de restaurer progressivement la capacité d’investissement d’une mairie étranglée par plus de 8,5 milliards Fcfa de dettes accumulées au fil des années.

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Son projet « BanguiPay » prévoit la digitalisation, dès la première année, du mandat de la collecte des taxes, patentes et redevances à travers les plateformes de mobile money afin de limiter les fuites de recettes. Pour soutenir le secteur privé, elle propose la création d’un guichet unique baptisé « Bangui Business Hub », chargé d’accompagner les commerçants, artisans et acteurs du secteur informel grâce à un dispositif comprenant formalisation simplifiée, compte mobile money professionnel, accès aux marchés publics et coaching entrepreneurial gratuit. Cette initiative sera complétée par un Fonds municipal pour l’entrepreneuriat doté de 500 millions Fcfa, développé avec les établissements financiers locaux, afin de financer ou garantir une centaine de projets innovants à fort impact. Les infrastructures constituent un autre pilier de son projet. La candidate annonce le déploiement de 2 000 lampadaires solaires LED autonomes en cinq ans dans les neuf arrondissements de Bangui, avec une priorité donnée aux carrefours accidentogènes, aux marchés, aux établissements scolaires et aux centres de santé. Une chose est déjà acquise : à l’issue de cette élection historique, Bangui sera dirigée par une femme. Et Deya Abazene Portia entend bien être celle qui ouvrira ce nouveau chapitre.

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