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Conjoncture

Charlotte Ndaw Sako :« IFC travaille avec les institutions financières camerounaises pour accroître l'accès au financement pour les MPMEs »

Dans une interview exclusive accordée à EcoMatin, Charlotte Ndaw Sako, la nouvelle représentante de La Société financière internationale (IFC), en Afrique centrale, dresse un état des lieux des investissements de l’IFC en Afrique et dévoile sa feuille de route durant son mandat.

Publiée lundi 16 octobre 2023 à 12:33:14Modifiée lundi 16 octobre 2023 à 12:33:19Temps de lecture 16 minPar Jean Omer Eyango

Charlotte Ndaw Sako, nouvelle représentante de La Société financière internationale (IFC)
Charlotte Ndaw Sako, nouvelle représentante de La Société financière internationale (IFC)

Tout d’abord je souhaite vous remercier pour vos questions. Le Cameroun est un pays important dans la stratégie d’IFC en Afrique centrale. Il s’agit de la plus grande économie de la zone Cemac. C’est aussi là que nous avons notre portefeuille le plus important. Nous appuyant sur les conclusions du Diagnostic du secteur privé du pays préparé en collaboration avec la Banque mondiale, le Cameroun dispose des atouts nécessaires pour créer de nouvelles sources de croissance économique et stimuler son développement en renforçant la participation du secteur privé dans son économie, notamment dans les secteurs du transport et des banques, en diversifiant son secteur agro-industriel et en saisissant les opportunités offertes par l'urbanisation. Le pays dispose d’un fort potentiel de développement et de diversification de son économie et IFC entend continuer à y jouer un rôle important.

Durant les cinq (05) dernières années, IFC a mis en œuvre plusieurs projets y compris des projets de transformation comme dans le secteur de l'énergie, où nous jouons un rôle majeur dans le financement et le développement du projet Nachtigal. Notre portefeuille d’investissement dans le pays au 31 août 2023 s’élevait à 227,1 millions de dollars US, et couvrait essentiellement les secteurs des infrastructures, manufacturier et financier.

Loin donc d’être une rupture, mon mandat s’inscrit dans le sens de la continuité. Il s’agit pour nous de poursuivre nos efforts pour accompagner le développement du secteur privé et lui permettre de contribuer à l’émergence économique du pays. Toutefois, un accent particulier sera mis sur l'expansion de notre programme et son impact sur les populations.

IFC a mis en œuvre plusieurs projets y compris des projets de transformation comme dans le secteur de l'énergie, où nous jouons un rôle majeur dans le financement et le développement du projet Nachtigal. Notre portefeuille d’investissement dans le pays au 31 août 2023 s’élevait à 227,1 millions de dollars US, et couvrait essentiellement les secteurs des infrastructures, manufacturier et financier

Quels seront vos principaux axes d'intervention, au Cameroun ?

La stratégie d’IFC au Cameroun s’articule autour des priorités identifiées dans la stratégie nationale de développement 2020-2030. Cette stratégie ambitieuse prévoit une participation importante du secteur privé. C’est dans cet espace qu’IFC, en étroite collaboration avec les autres institutions du Groupe de la Banque mondiale, notamment la Banque mondiale et la MIGA, apportera sa gamme de solutions de financement du développement ainsi que l’expertise de ses équipes techniques pour accompagner la réalisation de la vision de la SND 2020-2030.  En plus des secteurs de l’Energie, manufacturier et financier dans lesquels nous opérons déjà, IFC entend étendre ses investissements dans les secteurs de l’Agro-alimentaire, des Infrastructures et du Digital. Bien entendu, nous ne manquerons pas d’exploiter toute opportunité dans tout autre secteur permettant le financement de projets à fort impact pour le pays et le bien-être des citoyens.

L'action d'IFC en faveur du Secteur privé camerounais sera-t-elle plus accrue sous votre mandature en ce qui concerne le soutien au Commerce international ?

Il est vrai que la croissance observée à travers l’Afrique a été durement frappée par la pandémie de COVID-19 puis par le conflit en cours en Ukraine. Dans un contexte économique mondial toujours morose, il est particulièrement difficile d’amorcer une relance économique. Cela dit, l’Afrique a démontré sa résilience durant ces crises sans précédent. En effet, plusieurs économies ont réussi à maintenir leur croissance ou la faire remonter malgré le défi de la pandémie de la Covid et la crise en Ukraine. Au cours de son dernier exercice budgétaire, IFC a accordé un montant record de financement pour l'Afrique, contribuant ainsi à accélérer la transition énergétique du continent, à développer une industrie manufacturière plus verte et durable, à accroître le commerce intra-africain. Ces investissements visent également à renforcer les petites entreprises et à stimuler la production alimentaire locale, y compris dans des environnements difficiles comme les régions fragiles et touchées par des conflits.

Entre le 1er juillet 2022 et le 30 juin 2023, IFC a investi 11,5 milliards de dollars dans 40 pays, soit le volume de financement annuel le plus important jamais opéré sur le continent. Cet appui comprend notamment 1,12 milliard de dollars en faveur du financement du commerce, 876 millions de dollars dédiés à la transition énergétique en Afrique et 1,98 milliard de dollars destinés à aider les petites entreprises à se développer et à créer des emplois. IFC a également investi 1,76 milliard de dollars en vue de renforcer la connectivité numérique, le développement des tours de télécommunications, l'accès au haut débit et à l'internet mobile.

La relance économique au Cameroun, et ailleurs en Afrique ou à travers le monde ne se fera pas sans investissements du secteur privé. Une attention particulière devrait être accordée aux MPMEs. C’est pourquoi, IFC travaille de plus en plus avec les institutions financières camerounaises pour accroître l'accès au financement pour les MPMEs. Il en est ainsi le cas pour la Société camerounaise d'Equipement (la deuxième plus grande société de crédit-bail du Cameroun) et deux autres institutions financières (CCA-Bank et La Régionale Bank). C’est un énorme défi, mais IFC œuvre aux côtés des Etats et du secteur privé à le relever !

Au cours de son dernier exercice budgétaire, IFC a accordé un montant record de financement pour l'Afrique, contribuant ainsi à accélérer la transition énergétique du continent, à développer une industrie manufacturière plus verte et durable, à accroître le commerce intra-africain.

IFC travaille de plus en plus avec les institutions financières camerounaises pour accroître l'accès au financement pour les MPMEs. Il en est ainsi le cas pour la Société camerounaise d'Equipement (la deuxième plus grande société de crédit-bail du Cameroun) et deux autres institutions financières (CCA-Bank et La Régionale Bank). C’est un énorme défi, mais IFC œuvre aux côtés des Etats et du secteur privé à le relever !

IFC travaille de plus en plus avec les institutions financières camerounaises pour accroître l'accès au financement pour les MPMEs. Il en est ainsi le cas pour la Société camerounaise d'Equipement (la deuxième plus grande société de crédit-bail du Cameroun) et deux autres institutions financières (CCA-Bank et La Régionale Bank). C’est un énorme défi, mais IFC œuvre aux côtés des Etats et du secteur privé à le relever !

Quelle place occupera l'économie verte et l'agroalimentaire dans votre feuille de route ?

 Investir dans l’économie verte pour préserver notre environnement et léguer un monde meilleur aux futures générations est une priorité pour IFC, et une noble mission. Au-delà, l’économie verte est source d’opportunités d’investissement, d’emplois et de revenus. Il s’agit d’un agenda relativement récent, mais IFC y est déjà présente depuis plusieurs années. Tout d’abord, nos normes environnementales et sociales sont déjà une meilleure pratique globalement reconnue, et garantissent que les projets auxquels nous participons sont scrupuleusement respectueux de l’environnement.

De même, nous avons développé plusieurs produits et initiatives adaptés à ce secteur. Il s’agit par exemple du programme d'obligations vertes pour aider à catalyser le marché et débloquer des investissements pour des projets du secteur privé qui soutiennent les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique. Il y a aussi le programme d’Accélérateur de marché pour la construction verte (MAGC) d’IFC qui travaille avec des promoteurs et des prêteurs pour stimuler l’adoption de technologies et de pratiques d’économie d’énergie et d’eau sur les marchés de la construction des pays en développement.

Au Cameroun, IFC a contribué au financement de deux centrales solaires avec stockage à Maroua et Guider. Lesdites centrales, inaugurées en septembre 2023, ont été déployées par la société néerlandaise Scatec.

Quant à l’agroalimentaire, ce secteur est central au développement du continent africain et constitue un puissant pourvoyeur d’emplois. Le Cameroun ne déroge pas à cette tendance. Il est donc clair que la stratégie d’IFC dans le pays inclut un appui à l’optimisation de la production et la transformation dans le secteur agricole.

Nous avons développé plusieurs produits et initiatives adaptés à ce secteur. Il s’agit par exemple du programme d'obligations vertes pour aider à catalyser le marché et débloquer des investissements pour des projets du secteur privé qui soutiennent les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique

Il s’agit par exemple du programme d'obligations vertes pour aider à catalyser le marché et débloquer des investissements pour des projets du secteur privé qui soutiennent les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique.

Le Cameroun connaît une crise sécuritaire dans les régions anglophones Avec des conséquences négatives Sur l'économie locale. IFC est-elle prête à accompagner davantage le Cameroun afin de le redynamiser ?

L’intervention de l’IFC au Cameroun vise à toucher l’ensemble de la population. Notre institution jouit d’une longue expérience et d’une expertise avérée en matière d’intervention dans les zones fragiles. Nous sommes disposés à en faire usage partout où cela sera nécessaire. En effet, soutenir la stabilité et la croissance dans les situations fragiles et les zones touchées par un conflit est une priorité absolue pour IFC. Les économies dans ces zones ont besoin d’investissements qui créeront des emplois, stimuleront la croissance économique, généreront des recettes fiscales, reconstruiront les infrastructures et donneront de l’espoir à leur population.

Le Gabon et la Centrafrique connaissent quelques soubresauts politiques, l'IFC entend-elle réorienter sa politique dans la zone?

 Il est avéré que la stabilité est un gage essentiel pour attirer des investissements créateurs d’emplois, qui soutiennent la croissance économique et contribuent au bien-être des populations. IFC suit avec intérêt la situation politique dans les pays qu’elle couvre.

Nous observons particulièrement l’impact sur les plans social et économique de ces crises et espérons qu’elles connaîtront un dénouement pacifique et que ces pays reprendront leur marche vers un développement à visage humain.

IFC intervient dans de nombreux pays concernés par des crises politiques. Les défis que nous œuvrons à surmonter à travers nos interventions reposent sur la lutte contre la famine, le chômage, l'accès à l’éducation et aux services de santé, la crise énergétique et j’en passe. Ces fléaux  ne disparaissent pas durant lesdites crises, au contraire, ils s’aggravent parfois. Il s’agit donc de poursuivre nos efforts en vue de soutenir, par des investissements privés et de l’assistance technique, une croissance à fort impact social, qui contribue à la stabilité.

IFC intervient dans de nombreux pays concernés par des crises politiques. Les défis que nous œuvrons à surmonter à travers nos interventions reposent sur la lutte contre la famine, le chômage, l'accès à l’éducation et aux services de santé, la crise énergétique et j’en passe

IFC intervient dans de nombreux pays concernés par des crises politiques. Les défis que nous œuvrons à surmonter à travers nos interventions reposent sur la lutte contre la famine, le chômage, l'accès à l’éducation et aux services de santé, la crise énergétique et j’en passe.

C'est votre premier poste en Afrique centrale après une vingtaine d'années d'expériences. Vous découvrez de nouvelles réalités. Est-ce un challenge pour vous ?

D’abord, je voudrais rappeler que, même sans avoir jamais été basée en Afrique centrale, c’est une région que je connais pour y avoir dirigé ou contribué à la mise en œuvre de plusieurs projets de l’IFC. Cela dit, occuper de nouvelles fonctions représente toujours un challenge car il est toujours difficile d’anticiper tous les défis et il faudrait faire face. C’est ce qui rend si complexe la mission des institutions d’appui au développement telles qu’IFC. Dans le même temps, c’est ce qui la rend exaltante. Les défis au développement du Cameroun sont réels. Ma détermination à contribuer à les relever l’est tout autant !

Comment envisagez-vous le partenariat avec le gouvernement Camerounais ?

 Je suis arrivée au Cameroun, il y a juste quelques jours. Une première rencontre a déjà eu lieu avec le ministre en charge des PMEs en prélude aux Journées de la Coopération et du Partenariat (JCP) tenue les 10 et 11 octobre 2023, au Palais des Congrès de Yaoundé. IFC a mobilisé une importante équipe d’experts pour présenter et discuter de ses solutions et facilités pour l’accès au financement des MPMEs. Des rencontres avec d’autres membres du Gouvernement sont en cours d’organisation. Notre partenariat avec les autorités Camerounaises s’est amélioré au fil des années et l’augmentation du volume de notre portefeuille dans le pays en est la preuve. J’œuvrerai à renforcer ces relations afin de mettre en œuvre davantage de solutions portées par le secteur privé qui contribueront au développement harmonieux du Cameroun.

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