Le 2 mai dernier, le Tchad, représenté par l’Office national des chemins de fer du Tchad (ONCF-Tchad), et les Émirats Arabes Unis ont signé un protocole d’accord marquant une étape cruciale dans la concrétisation du projet de ligne ferroviaire reliant Ngaoundéré (Cameroun)–N’Djamena (Tchad). Ce projet, d’un coût estimé à 13 000 milliards de FCFA (budget provisoire), s’étendrait sur environ 2 100 kilomètres, selon des données provisoires. Initialement annoncé en 2016, il suscite de grandes attentes quant à son impact sur le développement économique régional et la modernisation des infrastructures de transport.
C’est ce qu’avait révélé l’ancien ministre camerounais des Transports, Edgar Alain Mébé Ngo’o, avait souligné, lors de la présentation du projet, « aujourd’hui, nous travaillons à interconnecter nos réseaux ferroviaires prioritaires pour renforcer nos échanges commerciaux avec le Tchad, premier client du Cameroun, et éviter les interruptions récurrentes du trafic. Surtout, cette initiative offre une opportunité idéale pour désenclaver des territoires parmi les plus défavorisés du pays, tels que les régions du Nord, de l’Adamaoua et de l’Extrême-Nord ».
Un levier pour le commerce et la cohésion territoriale
En 2023, les exportations camerounaises vers le Tchad ont atteint 149,1 milliards de FCFA, soit près de 40 % des parts de marché extérieur du Cameroun. Les produits échangés incluent notamment les savons (17 %), les préparations alimentaires (10 %), les barres en fer ou acier (9 %) et le riz (7 %).
La nouvelle ligne vise à fluidifier ces flux commerciaux, tout en réduisant les coûts logistiques liés à un transport routier souvent contraint par la saison des pluies et l’état des routes. Par ailleurs, le projet renforcerait l’accessibilité des régions septentrionales du Cameroun, stimulant les activités agricoles, minières et commerciales, et favorisant leur intégration dans les circuits économiques nationaux et sous-régionaux.
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Outre le volet économique, la ligne ferroviaire améliorerait significativement la mobilité des personnes. Aujourd’hui, un trajet Douala–N’Djamena via Garoua et Ngaoundéré prend entre 20 et 30 heures en bus, avec des coûts et des risques élevés. Le rail permettrait de réduire ces délais, d’accroître la sécurité des déplacements et de soutenir le secteur touristique, qui représente déjà 4,1 % du PIB camerounais. Une meilleure desserte des sites naturels et culturels du Nord pourrait générer un nouveau dynamisme pour ce secteur. Le protocole signé à Abu Dhabi marque un retour en force du projet, mais le coût final reste à déterminer, en attendant une seconde étude de faisabilité prévue pour décembre prochain. D’ici là, l’intérêt des investisseurs et la volonté politique des États concernés seront déterminants pour la concrétisation de ce corridor stratégique.

