C’est un séisme discret mais stratégique qui agite le petit monde de l’agroalimentaire camerounais. En pourparlers depuis plusieurs mois pour vendre les 74,7% qu’il détient dans Chococam (Chocolaterie Confiserie Camerounaise SA), leader du marché camerounais du chocolat et des confiseries, le groupe Tiger Brands a annoncé ce 11 novembre avoir enfin trouvé un repreneur. Il s’agit de Minkama Capital qui est présenté comme une « une société d'investissement axée sur l'Afrique et spécialisée dans les biens de consommation ».
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Cette dernière prévoit de racheter Chococam « en partenariat » avec le groupe BGFIBank, selon les termes de leur accord. Longtemps courtisée, Chococam a suscité l’appétit de plusieurs prétendants, notamment Cadyst Invest de, Célestin Tawamba, qui est par ailleurs le Président du Gecam, le principal regroupement patronal du pays. Mais c’est finalement l’offre de Minkama Capital, jugée « attrayante » par Tiger Brands, qui a emporté la mise. Le montant de la transaction reste, pour l’heure, soigneusement gardé sous scellés.
Les deux parties doivent désormais obtenir le feu vert des autorités réglementaires, au premier rang desquelles l’Autorité de la concurrence de la CEMAC. Tiger Brands précise que l’opération devrait être finalisée « au second semestre de l'exercice 2026 ». Si elle aboutit, elle mettra un terme à près de 60 ans de présence du groupe sud-africain dans l’industrie agroalimentaire camerounaise. Soutenue par un vaste réseau de distribution s’étendant du Cameroun au Gabon en passant par le Tchad, l’entreprise s’est imposée avec un portefeuille emblématique mêlant pâtes à tartiner, tablettes de chocolat, chewing-gums, bonbons et boissons en poudre.
Ce que l’on sait du repreneur
Pour l’heure, la principale inconnue demeure le profil du repreneur. Introuvable en ligne, Minkama Capital apparaît, selon nos informations, comme une structure nouvellement constituée réunissant des investisseurs locaux et internationaux. Aux manettes du projet, Afrotopia Capital, société d’investissement basée à Abidjan et fondée par le financier camerounais Fabrice Ndjodo. Ce dernier négociait depuis plusieurs mois, en exclusivité, le rachat des actifs camerounais de Tiger Brands.
Pour structurer l’offre, Afrotopia s’est appuyée sur Tana Capital, holding panafricaine née de la joint-venture entre le family office sud-africain Mary Oppenheimer Daughters et le singapourien Temasek Holdings. Tana est d’ailleurs présente à Abidjan, sous la direction du Camerounais Arthur Engotto.
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Reste que Tiger Brands a exigé, en cours de négociation, l’implication d’un acteur local afin de garantir la continuité opérationnelle et la profondeur industrielle du projet. C’est dans ce cadre qu’a été mobilisé le très discret Abdel-Kader Dièye, patron de DAK Security, l’un des leaders nationaux de la sécurité privée, et de Mollégule Gas, producteur et embouteilleur de gaz industriels et médicaux (oxygène, azote, acétylène, etc.). À leurs côtés, BGFIBank interviendrait comme partenaire financier local pour sécuriser le montage. Fabrice Ndjodo avait par ailleurs sondé plusieurs investisseurs locaux dont la CNPS, le fonds de pension public, qui s’est finalement retirée.
Parts de marché
Révélée par EcoMatin en mai, la cession de Chococam s’inscrit dans la stratégie du géant sud-africain de se délester de ses actifs jugés trop petits - moins de 2 milliards de rands de chiffre d’affaires (112 millions USD) et moins de 95 millions USD de bénéfice d’exploitation. Et Chococam, qui ne pèse plus que 5 % du chiffre d’affaires du groupe, est dans le viseur. Si l’entreprise a occupé pendant longtemps une position dominante sur le marché camerounais du chocolat et des confiseries, son son leadership est aujourd’hui très challengé, ce qui a affecté les revenus du groupe. Selon des données consultées par EcoMatin, sa part de marché qui culminait à 70,9 % en 2019, a reculé jusqu’à 61,3 % en 2022-2023 après la pandémie. Plus concrètement, sur le segment les chewing-gums, la marque est passée d’environ 52 % de part de marché en 2018 à 46 % en 2023, tandis que dans les boissons chocolatées, sa part a baissé d’environ 38 % à 37 % sur la même période. La montée en puissance de challengers locaux et régionaux, comme OK Foods ou Tom Tom dans les confiseries, a fragmenté un marché autrefois quasi-monopolistique. Chocam reste toutefois ultra dominant sur le segment des pâtes à tartiner et des tablettes de chocolat qu’elle domine à 80% avec ses marques Matinal, Mambo et Tartina.
Affaire Danpullo
Pour rappel est l’un des principaux fabricants de chocolat et de confiserie au Cameroun et dans la zone CEMAC, avec une présence industrielle et commerciale centrale depuis sa création en 1967 à Douala. L’entreprise, qui s’appuie sur un vaste réseau de distribution couvrant notamment le Cameroun, le Gabon et le Tchad, commercialise un portefeuille diversifié incluant pâtes à tartiner(Tartina), chocolats (Mambo, Chococrok), chewing-gums (Big gum), bonbons (Kola, Ok Ginger) et poudre de chocolat (Matinal).
Le désengagement en cours s’inscrit aussi dans un climat tendu entre la maison-mère et sa filiale camerounaise. Tiger Brands est embourbé depuis plusieurs années dans un contentieux financier avec l’homme d’affaires camerounais Baba Danpullo, qui avait conduit à la saisie à titre conservatoire de ses comptes bancaires depuis près de trois ans. Le groupe fait également face à la suspension du rapatriement des dividendes du Cameroun vers l’Afrique du Sud depuis bientôt quatre ans, une situation qui pèse lourdement sur ses intérêts dans la région.

