Le 20 avril dernier, le directeur général de Tiger Brands, Tjaart Kruger, son directeur financier, Thushen Govender, le promoteur de Minkama Capital, Fabrice Ndjodo, et le haut-commissaire d'Afrique du Sud au Cameroun ont été reçus par le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana. Officiellement, il s'agissait de faire le point sur la cession des 74,69 % détenus par le groupe sud-africain dans Chococam et sur les dernières autorisations nécessaires à la finalisation de l’opération.
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La transaction, annoncée en novembre 2025, reste notamment suspendue au feu vert des autorités de la concurrence de la Cemac. Mais derrière ce calendrier réglementaire se cache le contentieux engagé par l'homme d'affaires camerounais Baba Ahmadou Danpullo contre plusieurs filiales de groupes sud-africains, dont Chococam, qui est moins évoqué dans le dossier. Depuis 2022, cette affaire a donné lieu à une succession de saisies conservatoires d’une partie des fonds de l'entreprise. Leur montant cumulé atteint 5,612 milliards de F CFA, répartis entre Société Générale Cameroun, Standard Chartered Bank Cameroon, Bicec et SCB Cameroun.
Un risque isolé de la transaction
Les deux parties n'ont pas officiellement communiqué sur cet aspect, qui a pourtant été abordé lors de la rencontre ministérielle, et nos demandes d'informations sont restées infructueuses. Toutefois, indiquent des sources gouvernementales proches des négociations, les 5,612 milliards de F CFA faisant l'objet des saisies n'auraient pas été intégrés à la valeur retenue pour la transaction : le repreneur ne souhaitait pas supporter le risque lié à des fonds dont la disponibilité dépend encore de l'issue d'une procédure judiciaire ancienne.
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Cette exclusion permettrait à Minkama Capital de reprendre l'activité industrielle, les marques, les actifs opérationnels et le réseau commercial de Chococam, sans payer pour une trésorerie à laquelle l'entreprise n'a aujourd'hui pas accès. Dans ce type d'opération, le risque peut être conservé par le vendeur, isolé dans un compte spécifique ou couvert par une clause d'indemnisation. Le traitement retenu ici reste, pour l'heure, confidentiel.
Pour Tiger Brands, le contentieux Danpullo s'ajoute à une liste déjà longue de raisons de quitter le Cameroun.
Chococam a, au fil des années, perdu du terrain face à la concurrence locale. Ses revenus sont passés de 67,1 millions de dollars en 2022 à 46,7 millions en 2024, soit une contraction de plus de 30 % en deux ans, tandis que sa part de marché, encore supérieure à 70 % en 2019, est tombée autour de 61 % en 2023. L'entreprise reste néanmoins l'un des principaux transformateurs locaux de cacao et un employeur industriel historique, dont les produits sont distribués dans plusieurs pays de la Cemac, où elle réalise environ un quart de ses ventes. Les autorités camerounaises veulent donc éviter qu'une bataille judiciaire ancienne ne vienne perturber la continuité de l'activité ou la transmission de l'entreprise à son futur propriétaire.
Un contentieux désormais gelé
Le dernier rebondissement dans l'affaire Danpullo remonte au 14 avril 2025. Par l'ordonnance n° 198, le premier président de la Cour suprême a ordonné la suspension de toutes les procédures opposant Bestinver à MTN Cameroon, Chococam et Broadband Telecom devant la cour d'appel du Littoral ainsi que devant les juridictions de Douala et du Wouri. Objectif : empêcher ces juridictions de continuer à statuer tant que les chambres réunies de la Cour suprême n'auront pas tranché la question de savoir si les affaires doivent rester dans le Littoral ou être transférées devant une autre cour d'appel. À ce stade, aucune date d'audience ni de reprise des procédures n'a été rendue publique. Les fonds demeurent donc bloqués, et le dossier reste en attente d'un arbitrage de la haute juridiction.
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Cette décision est intervenue quelques semaines après un épisode qui avait brièvement laissé entrevoir un déblocage. Le 26 février, la cour d'appel du Littoral avait ordonné la mainlevée des saisies pratiquées sur les comptes de MTN Cameroon et de Chococam auprès de Citibank, Standard Chartered Bank et Bicec — c'est-à-dire la levée du gel qui empêchait ces sociétés d'accéder à leurs fonds. Mais, le jour même, les avocats de Bestinver ont fait pratiquer une nouvelle saisie conservatoire sur ces avoirs, en s'appuyant sur l'ordonnance du 5 septembre 2022 du tribunal de première instance de Douala-Bonanjo.
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La réclamation du camp Danpullo est désormais évaluée à 275,5 milliards de F CFA. Elle comprend une créance principale de 200 milliards, 21,6 milliards de loyers présentés comme indûment perçus, 22,1 milliards de frais de recouvrement, et des intérêts calculés au taux annuel de 3,25 %.
L'origine du conflit remonte à la saisie, puis à la vente en Afrique du Sud, de biens immobiliers appartenant à des sociétés contrôlées par Baba Danpullo. First National Bank, filiale de FirstRand, invoquait alors des impayés. L'homme d'affaires camerounais, lui, parle de spoliation, et a choisi de viser au Cameroun MTN et Chococam, deux filiales de groupes sud-africains dont l'actionnariat recoupe, selon lui, celui de la banque. Trois ans plus tard, cette bataille née à des milliers de kilomètres de Douala continue de conditionner, en partie, la sortie de l'un des plus vieux industriels sud-africains du Cameroun.

