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Climat des affaires : 10% des entreprises attirées par les zones économiquement sinistrées

Selon le Groupement Inter-patronal du Cameroun, la faible maîtrise de ce statut par les chefs d’entreprises pourrait expliquer leur désintérêt.

Au troisième trimestre 2019, l’environnement des affaires n’a pas été riche en opportunités pour les entreprises camerounaises. C’est ce qui ressort du Tableau de Bord Trimestriel de l’Economie camerounaise, publié par le Groupement Inter-Patronal du Cameroun (Gicam). A travers un questionnaire à eux soumis, les chefs d’entreprise ont été invités à se prononcer sur la tendance de l’activité économique au cours de cette période et celle du trimestre suivant. Le document qui compile les résultats statistiques révèle que le statut de Zone Économiquement Sinistré attribué aux régions du Sud-Ouest, du Nord-Ouest, et de l’Extrême-Nord, n’a pas suffisamment impacté de manière positive l’activité de ses membres.

Pourtant, à travers cette mesure, l’Etat du Cameroun entendait offrir des incitations diverses aux entreprises désireuses de s’installer dans ces zones touchées par l’insécurité. Le décret du Premier ministre signé le 2 septembre 2019, instituant ce statut prévoyait une exonération d’impôts pendant une période de 3 ans pour les investisseurs. Une mesure incitative pas assez au goût des chefs d’entreprises membres du Gicam.

Le résultat aujourd’hui est que seulement 10,34% des entreprises déclarent avoir été influencées par cette décision. A l’opposé, près de 57% jugent l’impact de cette mesure peu important. Un état de fait qui pourrait s’expliquer par un flou existentiel dans le décret du Premier ministre. « Le fait que le contenu de ce statut ne soit pas encore maîtrisé pourrait expliquer cette tendance », précise le rapport.

Le Gicam avait d’ailleurs soulevé ces inquiétudes en décembre dernier, et avait demandé plus de clarifications aux autorités camerounaises sur : le seuil d’investissement dans la définition du plafond du crédit d’impôt dont peuvent bénéficier les investissements de reconstitution ; le pourcentage minimal d’utilisation de la matière première locale ; les modalités de délivrance de l’agrément préalable du ministère des Finances pour bénéficier des incitations ; les modalités de l’application de l’exonération de la TVA ; les modalités de cohabitation entre ce régime de ZES et les autres régimes incitatifs existants, notamment la loi du 18 avril 2013, etc.

Odeurs d’insécurité

Ce faible impact des mesures d’incitation à l’investissement dans les régions susmentionnées est aussi dû à la persistance du climat d’insécurité qui y prévaut. Le Gicam considère ce paramètre comme étant la seconde entrave la plus ressentie par les chefs d’entreprises. Selon les données fournies par le tableau de bord trimestriel, 72% d’entre elles ont ressentie « de manière importante l’impact de la crise qui sévit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-ouest ».

Depuis 2016, les deux régions anglophones du Cameroun sont le théâtre d’affrontements entre les groupes armés séparatistes et l’armée régulière. Une situation qui a fortement impacté l’activité économique devenue exsangue dans cette partie du pays. « Toutesles entreprises menant directement ou indirectement des activités dans ces régions indiquent que leurs activités y sont désormais en berne », précisait le Gicam en 2018 dans son Rapport sur les conséquences économiques et impacts sur l’activité des entreprises.

Pour relancer l’activité économique, le Premier ministre Joseph Dion Ngute avait signé un décret portant reconnaissance du Statut de zone économiquement sinistrée aux régions du Nord-ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord. Un statut permettant d’exonérer d’impôts les potentiels d’investisseurs sur 3 ans. Les impôts et taxes concernés par cette mesure sont, entre autres, la contribution des patentes, la taxe sur la valeur ajoutée sur les acquisitions des biens et des services, les droits d’enregistrement sur les mutations immobilières afférentes à la mise en place du projet et la taxe sur la propriété foncière sur les immeubles affectés du projet.

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