Adoptée le 31 novembre par le Parlement, la Loi de finances 2026 introduit une nouvelle taxe destinée à freiner l’exportation de matériaux de construction produits localement. Désormais, « le marbre, les ciments non pulvérisés dits clinker et toutes autres matières minérales bénéficiant d’incitations fiscales et douanières pour la production nationale sont soumis à un prélèvement spécial de 10 % de la valeur sortie usine lors de leur exportation », stipule l’alinéa 2 de l’article 11.
Cette mesure survient alors que deux nouvelles capacités industrielles viennent d’entrer en service : l’usine de carreaux de Keda à Kribi et la nouvelle ligne de clinker de Cimencam à Figuil.
Le prélèvement spécial de 10% constitue une mesure de protection de l’approvisionnement local. Le gouvernement entend décourager l’exportation du clinker, du marbre et de certaines matières minérales afin de stabiliser l’offre intérieure et de garantir la disponibilité des intrants essentiels à la construction. La disposition vise également à garantir que les produits ayant bénéficié d’avantages fiscaux à l’investissement restent orientés vers le marché national plutôt que vers l’export, où les prix peuvent être plus attractifs.
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Cette taxe pourrait produire plusieurs effets. Pour les cimenteries et les producteurs de marbre, elle devrait contribuer à réduire l’intérêt économique de vendre à l’étranger, dans un contexte où les prix du ciment restent élevés sur le marché local, entre 5 100 et 5 300 FCFA pour un sac de 50 kg dans les grandes villes (Douala, Yaoundé). La mesure intervient alors même que le pays reste fortement dépendant des importations. Selon l’institut national de la statistique (INS), le Cameroun a importé 2,5 millions de tonnes de clinker en 2024 pour 84,8 milliards FCFA. À cela s’ajoutent 168 438 tonnes de produits céramiques pour 58 milliards FCFA, 123 771 tonnes de carreaux vernis pour 36,6 milliards FCFA, et 266 574 tonnes d’ouvrages en pierre, ciment et verre pour 104,5 milliards FCFA, soit un cumul d’environ 199,1 milliards FCFA en importations pour ces trois catégories. En réduisant les incitations à exporter le clinker et le marbre produits localement, l’État espère limiter ces importations coûteuses et stabiliser les prix des matériaux de construction.
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Historiquement, la fiscalité camerounaise sur l’exportation des produits miniers a évolué au fil des lois de finances. Celle de 2020 encadrait déjà les produits ayant bénéficié d’incitations à la transformation, tandis que celle de 2023 avait renforcé certains prélèvements sur les matières premières et produits semi-finis sur l’or, le diamant, le riz, etc. Le projet de loi de 2026 s’inscrit dans cette continuité, avec une orientation plus marquée vers la protection du marché intérieur et la sécurisation des capacités industrielles nationales.
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