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Conjoncture

Commerce extérieur : la France à l’offensive pour réintégrer le bloc des premiers partenaires du Cameroun

Confrontée à une érosion continue de ses parts de marché, la France tente d’inverser la tendance. En visite à Yaoundé, son ministre du Commerce extérieur Nicolas Forissier plaide pour une refonte de la relation économique, misant sur la co-construction et l’investissement productif.

Publiée jeudi 26 mars 2026 à 16:10:56Modifiée mardi 31 mars 2026 à 19:09:57Temps de lecture 6 minPar Marius Zogo

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Nicolas Forissier, ministre délégué auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères chargé du commerce extérieur et de l'Attractivité de la France

Le 25 mars 2026, la résidence de l’Ambassade de France à Yaoundé a servi de cadre à un point de presse présidé par Nicolas Forissier. Le ministre délégué auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères chargé du commerce extérieur et de l'Attractivité de la France, présent au Cameroun en marge de la 14e Conférence de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), a profité de cette tribune pour poser les jalons d'une nouvelle ère diplomatique. Au-delà de la promotion de l'expertise française, l'enjeu de ce déplacement est de dévoiler la nouvelle stratégie de Paris pour reconquérir le marché camerounais dans un contexte où la France voit ses parts de marché s'effriter d'année en année face à une concurrence internationale de plus en plus agressive.

Partenariat gagnant-gagnant

Selon les données de l’Institut national de la statistique (INS), la balance commerciale du Cameroun avec la France s'est lourdement dégradée, affichant un déficit de 110,6 milliards FCFA en 2024, contre 13,1 milliards en 2023 et 58,6 milliards en2022. Ce creusement du solde commercial intervient alors que Yaoundé intensifie sa politique d’import-substitution afin de réduire sa dépendance aux importations. Face à ce défi, Paris, par la voix de son ministre Nicolas Forissier, prône une mutation profonde de la relation bilatérale : « Nous avons une longue histoire. Nous avons tiré les leçons de cette histoire. Nous avons aussi et surtout la volonté de nous inscrire dans une démarche tournée vers le futur, vers la jeunesse, vers le dynamisme du continent africain », a-t-il déclaré.

Lire aussi : Commerce extérieur : le Cameroun réduit son déficit à 290 milliards FCFA au 4e trimestre 2024

Pour inverser la tendance, le membre du gouvernement français promeut désormais un partenariat gagnant-gagnant avec le Cameroun, qu'il qualifie de « pays moteur de l'Afrique centrale » et avec lequel les échanges économiques sont jugés particulièrement denses. « Nous devons être dans une logique de respect, de construction, de co-construction entre les deux pays dans l'esprit d'un partenariat gagnant-gagnant », a-t-il indiqué.

Améliorer le climat des affaires

L’amélioration de l’écosystème entrepreneurial a été au cœur des échanges entre Nicolas Forissier et les ministres camerounais des Finances et de l’Économie. Pour l'émissaire de Paris, l'enjeu est de « regarder comment on peut à la fois renforcer les partenariats et, ensemble, améliorer le climat des affaires ». Il a rappelé que sa mission consiste avant tout à inciter les entreprises françaises à « coopérer avec le moteur camerounais et à participer au développement du pays ».

Lire aussi : Commerce extérieur : le Cameroun capte 42 % des exportations françaises vers la CEMAC

Cependant, cette dynamique d'investissement reste conditionnée par des garanties de stabilité. Nicolas Forissier a ainsi plaidé pour une clarté accrue des règles et une meilleure prévisibilité, citant notamment la lutte contre les retards de paiement et l'exigence de transparence. S'il n'a pas détaillé de mesures unilatérales de la part de Paris, le ministre a insisté sur une méthode basée sur la co-construction, soulignant la nécessité de travailler « ensemble » pour apporter des réponses à ces griefs afin de développer l’économie.

Baisser les coûts des prestations

Face à la diversification croissante des partenaires économiques du Cameroun, marquée notamment par l'offensive asiatique, Nicolas Forissier a été interpellé sur la valeur ajoutée de l'offre française. Interrogé sur la capacité de la France à demeurer le partenaire de référence pour l'État et le secteur privé, le ministre délégué a admis que les prestations françaises sont « parfois plus chères ». Il justifie toutefois ce coût par des « technologies très développées » dans les secteurs industriels et agroalimentaires, etc. soulignant la durabilité des équipements et matériels fournis. Conscient des défis de compétitivité, Nicolas Forissier a néanmoins insisté sur la nécessité pour les entreprises françaises de « faire des efforts » et de démontrer leur capacité à « s’adapter aux réalités » du marché local pour pérenniser leur présence.

Nouvelle vision sur la transformation locale

Les échanges commerciaux entre le Cameroun et la France demeurent structurellement marqués par l'exportation de matières premières camerounaises face à l'importation de produits finis français. Ce schéma classique se heurte aux ambitions de la Stratégie Nationale de Développement 2030(SND30), qui érige l'import-substitution en priorité absolue. Face à ce tournant, Nicolas Forissier souligne l'impératif d'une « co-construction » franco-camerounaise pour impulser l'industrialisation et la transformation locale. Selon lui, cette dynamique exige l'adoption d'une « nouvelle vision économique de la France », davantage tournée vers le partenariat productif : «Est-ce que le vrai critère n'est pas la capacité à développer ensemble nos économies ? Ce qui veut dire développer aussi, et peut-être même avant tout, l'économie camerounaise avec des partenariats d'entreprises, avec des implantations d'entreprises, sur des projets concrets, qui peuvent être financés par les bailleurs internationaux institutionnels, mais aussi par les bailleurs privés », s’est-il interrogé.

Parts de marché en baisse

La visite de Nicolas Forissier à Yaoundé dans un contexte marqué par une dégradation des indicateurs du commerce extérieur français au Cameroun. Jadis excédentaire, la balance commerciale entre 2022 et 2024 affiche désormais un solde déficitaire de 150 millions d'euros au détriment de la France d’après le ministre délégué. Selon les données de l'INS, Paris a perdu 6 points de pourcentage en un an, chutant de la 2e à la 5e place des clients du Cameroun en 2024, avec seulement 185,8 milliards FCFA d'achats (soit 5,7 % de parts de marché). La tendance est identique à l'importation : la France a été reléguée au 4e rang des fournisseurs (5,9 % de parts de marché) en 2024, après avoir occupé la 3e place en 2023. Le recul est particulièrement symbolique sur le segment du blé : leader du marché en 2022 et 2023, la France s'est effondrée au 4e rang en 2024,ne captant plus que 14,1 % des parts de marché nationales.

Lire aussi : En 2023, la France occupe le rang de 1er fournisseur de blé au Cameroun pour la 2e fois consécutive

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