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Commerce extérieur : Le tabac de Bertoua relance la filière à l’international

Depuis 2018, Cameroon Golding Wrapper Group Sarl (CGWG), une entreprise à 100% camerounaise a été créée pour relancer la filière abandonnée après la fermeture de la SCT en 1992. Pour la campagne 2021, CGWG envisage d’augmenter sa production à 125 tonnes pour répondre à la demande des clients en République Dominicaine, Allemagne et Turquie.

Après une longue période d’hibernation, le Cameroun peut se considéré à nouveau comme pays producteur du tabac. Le tabac camerounais vendu sur le marché mondial est produit essentiellement dans la région de l’Est. Il s’agit des feuilles de tabac appelé « CAPE » très prisé par les consommateurs à cause de son arôme original et unique. Cette qualité de tabac est produite uniquement dans les départements du Lom-et-Djerem et la Kadey à l’Est à cause de son climat équatorial. C’est pour cette raison que la culture de tabac était l’une des principales sources de revenu et d’emploi aux populations de l’Est après l’indépendance. Pour encadrer et appuyer les planteurs, l’Etat avait créé la Société camerounaise des tabacs (SCT). Une société paraétatique qui avait des centres de conditionnement de tabac à Bertoua, Ngoura dans le Lom-et-Djérem et Batouri, Boubara, Bounou, Belita entre autres dans la Kadey.

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Malheureusement, à cause de la crise économique en 1992, la SCT a cessé ses activités laissant des milliers des planteurs et les employés dans le désarroi. Depuis ce temps, plusieurs initiatives initiées pour la plupart, par des entreprises commerciales des expatriés et la Fédération des planteurs de tabac et autres cultures vivrières du Cameroun (FPTC) pour relancer la culture ont été initiées. Malgré ces initiatives, les planteurs, principale main d’œuvre sont des laissés pour compte. « La situation de la filière tabac actuelle ne favorise pas l’amélioration des conditions de vie de planteurs du fait que la majorité des sociétés privées qui opèrent dans le secteur appartiennent aux expatriés qui ont pour seul intérêt, de faire les bénéfices sur le dos des planteurs sans penser au développement de la filière. De l’autre côté, il y a aussi le fait que le ministère de l’Agriculture et du développement rural (Minader), n’intervient plus dans le secteur », regrette, Pierre Koéké, ingénieur des travaux agricoles et expert dans la production du tabac.

A ce sujet en effet, par décision No 00026 du 17 février 2020, le ministre de l’Agriculture et du développement rural a procédé à la restructuration des projets et programmes financés par le budget d’investissement public (BIP) et le Fonds de développement du café-cacao (Fodecc). Parmi les 13 projets dont les activités ont été arrêtées définitivement figure le Projet national d’appui au développement du tabac et des plantes stimulantes, logé à la Délégation régionale du Minader à Bertoua. Pour mettre en application cette décision, les responsables centraux du Minder sont venus récupérer le véhiculé utilisé par le personnel sur le terrain.

Déception

« Nous sommes carrément exploités par les sociétés tabacoles qui ont pour seul intérêt, le ramassage de notre production à vil prix. Ils le font parc qu’ils savent que nous ne connaissons pas comment on vend le tabac au marché mondial. Ils profitent dont de notre naïveté et pauvreté », pense Jean Nargaba, planteur dans le département de la Kadey depuis 35 ans. Il ajoute que « les planteurs n’ont aucune couverture sanitaire, ils ne bénéficient pas de la sécurité sociale, n’ont aucune garantie pour la retraite et vivent dans des habitations précaires après avoir passé 09 mois chaque année en brousse pour cultiver le tabac qui génère des centaines des millions aux acheteurs ». Notre interlocuteur est presqu’avec les larmes aux yeux lorsqu’il apprend que le ministère de l’Agriculture et du développement rural a arrêté les activités du Projet national d’appui au développement du tabac et des plantes stimulantes (PNADTPS).

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De son côté, Bernard Gaétan Bangda, coordonnateur du mouvement Moabi, une plateforme de la société civile pour le développement socioéconomique de l’Est est aussi déçu par la décision du MINADER. « Pour ce qui est du tabac, je dois dire que les fonds mis à la disposition de ce projet par l’Etat, soit entre 50 et 60 millions de Frs démontrent le peu de volonté de l’Etat à soutenir la filière. Deuxièmement, la mise à disposition de ces fonds dévoile la navigation à vue de l’Etat qui semblait ne pas maitriser le nombre d’acteurs et les coûts de production utilisés chaque année par acteur et le nombre des producteurs à financer. Pour tout dire, depuis la déchéance de la SCT en 1992, l’Etat ne maitrise plus rien dans cette filière qui est pourtant une grande source d’emploi et de revenu pour les populations», affirme-t-il. Le Projet tabac en effet encadrait les planteurs et octroyait chaque année des appuis en matériel agricole, les intrants et l’appui conseil.

Relance

Pour renverser cette tendance, en 2018, Cameroon Golding Wrapper Group Sarl (CGWGS) a été créée par un originaire de la région de l’Est, né et grandi dans le tabac. Il s’agit d’une entreprise éthique minière et agro-industrie. « L’objectif de cette entreprise est d’ajouter de la valeur à la culture du tabac notamment la meilleure qualité appelée CAPE, de valoriser la culture tabacole, de former la jeunesse camerounaise à s’auto employer et de construire une équipe dynamique qui pourra transmettre son savoir faire et son savoir être à la génération future. Son objectif n’est pas seulement la commercialisation du tabac mais aussi de mettre sur pieds un moyen pour l’avancement de l’humanité. Cameroon Golding Wrapper Group veut s’assurer que le tabac qu’elle achète aux planteurs est de la qualité du CAPE. En tant que telle, il faut ajouter de la valeur à la production de CAPE en veillant à l’amélioration des conditions de vie des planteurs. Ceci en les soutenant à travers la distribution de l’outillage (houes, machettes, pelles). Il s’agit aussi de les amener à n’est pas cultiver seulement du tabac mais à augmenter leur champs d’action dans le domaine de l’agriculture », peut-on lire dans son document de présentation.

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Pour transformer cette vision en réalité, deux hectares de champs semenciers sont opérationnels respectivement dans la Kadey et à petit Ngoundéré à Ngoura pour fournir les séances de qualité aux planteurs. En outre avec plus de 35 techniciens en poste, CGWGS assure la sensibilisation des planteurs, leur soins de santé en cas d’accident de travail, le paiement du tabac livré, et l’assistance techniques aux planteurs.

Production et valeur économique

Pour atteindre son objectif de production, CGWGS encadre 1400 planteurs dans ses zones de production. Depuis sa création en 2018, la production du tabac connait des fluctuations. C’est ainsi qu’en 2018 pour sa toute première année de fonctionnement, 23 tonnes de tabacs ont été récoltées. En 2019 l’entreprise a triplé sa production pour atteindre 70 tonnes. Malheureusement, la campagne 2020 a été tout simplement désastreuse à cause de la pandémie de la Covid-19 avec seulement 41 tonnes contre les 70 tonnes de 2019, dont un baisse de production de 29 tonnes. Pour la campagne agricole de 2021et selon le directeur commercial, Stephen Tamanji, « notre objectif pour 2021 c’est de produire 125 tonnes pour satisfaire la demande de nos clients en République Dominicaine, en Allemagne et en Turquie. A cet effet, toutes les dispositions ont été prises sur le terrain pour atteindre cet objectif ». Ce dernier précise que toute la production de 2018 et 2019 a été vendue alors que celle de 2020 est actuellement en conditionnement dans les magasins de l’entreprise avec 20 ouvriers permanents et 70 temporaires.

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Cependant, depuis sa création, Cameroon Golding Wrapper, est confronté à des difficultés sur le terrain. A ce sujet on peut citer le manque des pistes agricoles, le manque des centres de conditionnement de tabac, le vieillissement des planteurs et la concurrence déloyale des sociétés concurrentes qui viennent acheter le tabac auprès des planteurs encadrés et financés par Cameroon Golding Wrapper, le tabac camerounais peut constituer un levier pour la croissance et de l’emploi. A titre indicatif, la production régionale pour la campagne 2019 était estimée à 725 tonnes. Lors de la campagne agricole 2018, et selon les statistiques du PNADTPS fermé aujourd’hui, « 625 tonnes du tabac de Cape et 328 tonnes du tabac de Coupe ont été produits par 7500 producteurs dans les départements du Lom-et-Djerem et la Kadey». En termes de valeur économique, le prix d’un kilogramme de tabac selon diverses sources, varie entre 1000 et 2000 Frs selon la qualité. Ce qui revient à dire que pour la campagne agricole 2018, les 625 tonnes du Cape et 328 tonnes de Coupe ont généré un minimum de 953.000.000 Fcfa auprès des producteurs et lorsqu’on considère que ce prix est pratiquement triplé au niveau du marché mondial, cela revient à dire que la filière tabac peut générer plusieurs milliards de Fcfa par an au PIB.

« Promouvoir un arrangement gagnant-gagnant »

Dobil Bakari, PDG, Cameroon Golding Wrapper

Cameroon Golding Wrapper a été créée pour promouvoir l’emploi au sein des communautés défavorisées et pour assurer le développement de la culture du tabac tout en mettant l’accent sur la valorisation du CAPE afin d’ajouter une valeur au produit national brut (PNB) du Camerone et donner une impulsion au statut économique et social du pays. Notre stratégie met le planteur au centre des priorités. En somme, il s’agit d’un arrangement gagnant-gagnant qui garantit un approvisionnement constant en tabac et une amélioration de la vie économique des planteurs, leur situation de logement, la scolarisation des enfants et la certitude financière dans toutes leurs transactions avec la société.

Martin Foula

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