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Commerce intra-africain: la stratégie du Cameroun pour tirer profit de la zone de libre échange

Pour le ministre du Commerce, la labellisation des produits locaux, l’une des priorités de cet exercice budgétaire, devrait permettre au Cameroun de les valoriser et y ajouter une plus-value.

Publiée vendredi 8 février 2019 à 12:20:32Modifiée vendredi 12 novembre 2021 à 15:52:00Temps de lecture 8 minPar EcoMatin

commerce-intra-africain
Le marché continental africain va bientôt s’élargir. La Zone de libre-échange continentale, la ZLEC dont l’accord a été signé par 44 pays à Kigali au Rwanda, lors du sommet extraordinaire de l'Union africaine devrait entrer en scène dès le second semestre de cette année 2019. Et, le Cameroun se prépare déjà à tirer profit de ce vaste espace commercial intra-africain. La stratégie mise sur pied à cet effet a été dévoilée par le ministre du Commerce, Luc Magloire Atangana, lors de la présentation des vœux dans ce département ministériel, le 23 janvier 2019 à Yaoundé. Pour le patron du commerce camerounais, c’est la promotion des produits Made In Cameroon qui devrait permettre au Cameroun de tirer grand avantage de cette zone de libre-échange continentale. Cette promotion des produits locaux passe par leur labélisation, ce qui devrait permettre de leur donner une plus-value. C’est pourquoi la labélisation  des produits locaux figure parmi les priorités gouvernementales pour cet exercice budgétaire. L’appel a donc été lancé vers les producteurs locaux, de prendre toutes les dispositions nécessaires en vue de cette labélisation, en attendant la mise en œuvre effective de la zone de libre-échange continental.
En effet, informe-t-on, le Cameroun a soumis une quinzaine de produits agricoles et artisanaux à l’appréciation de l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI) en vue de l’obtention de l’Indication géographique
Mais déjà, selon des sources concordantes, 15 produits agricoles et artisanaux camerounais sont soumis à la labellisation. En effet, informe-t-on, le Cameroun a soumis une quinzaine de produits agricoles et artisanaux à l’appréciation de l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI) en vue de l’obtention de l’Indication géographique (IG), après la labellisation du miel blanc d’Oku (Nord-ouest) et du poivre de Penja (Littoral). Il s’agit entre autres, des échalotes de la Lékié (Centre) ; les ananas  de Bafia  (Centre); le Kilichi de Ngaoundéré (Adamaoua); l’avocat de Mbouda (Ouest) ; le cacao de Tonga et de Baleng (Ouest); des cafés de  Foumbot (Ouest), de Boyo (Nord-ouest) et d’Angossas (Est) ; cuir de  Maroua (Extrême-nord) ; l’igname blanche de Mbé (Adamaoua); l’oignon de Garoua (Nord) et la pierre de Pouma (Littoral). Autant de produits agricoles et artisanaux qui devront montrer leur particularité exceptionnelle, aux côtés d’autres produits du terroir des 17 Etats membres de l’OAPI. Le processus de labellisation a commencé, selon l’ex-ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (MINMIDT), Ernest Gbwaboubou, qui procédait au lancement officiel de la phase II du Programme d’Appui à la Mise en place des Indications Géographiques  (PAMPIG 2). Selon Denis Loukou Bohousou, directeur général de l’OAPI, « la première phase du PAMPIG a duré six ans, de 2008 à 2014 et a démontré, d’une part, qu’il était possible d’établir les IG en Afrique, à l’exemple du miel d’Oku, du poivre de Penja et du café Ziama Macenta de Guinée, labélisés durant cette période ». En outre, avait-il expliqué, « on sait désormais que la labellisation contribue à la préservation du savoir et des savoir-faire traditionnels, tout en apportant un revenu consistant aux producteurs ». A titre d’illustration, le kilogramme du poivre de Penja est passé de 2500 francs CFA en 2012 avant la labellisation à 18 000 FCFA actuellement alors que la demande en miel d’Oku est de plus en plus supérieure à l’offre. Un moteur essentiel de la croissance économique en Afrique Son entrée en scène est donc très attendue. Celle-ci est annoncée pour le second semestre de cette année 2019 et charrie déjà beaucoup d’espoir. Comme  le soulignent Sindiso Ngwenya, secrétaire général du Marché commun de l'Afrique orientale et australe (Comesa) et le Dr Richard Sezibera, sénateur rwandais et ancien secrétaire général de la Communauté de l'Afrique de l'Est (CAE), « la Zlec sera un second souffle pour l'Afrique et ses habitants ». Constatant que le commerce intra-africain représente actuellement 15 % du commerce total du continent, contre 19 % en Amérique latine, 51 % en Asie, 54 % en Amérique du Nord et 70 % en Europe, le bloc commercial continental « apportera un impact économique considérable aux Africains et au continent en général. La création d'un marché continental unique pour les biens et services, avec la libre circulation des hommes d'affaires et des investissements, aidera à rapprocher l'union douanière continentale et le marché commun africain, envisagés dans la Communauté économique africaine (CEA) proposée ».
Le marché unique contribuera également à développer le commerce intra-africain grâce à une meilleure harmonisation et une coordination des régimes de libéralisation et de facilitation du commerce entre les Communautés économiques régionales
Selon certains observateurs, une zone de libre-échange contribuera à transformer les 55 économies africaines individuelles en un grand marché plus cohérent. Utiliser les complémentarités et exploiter collectivement le riche réservoir de terres et de richesses naturelles de l'Afrique, créer des espaces économiques internes plus grands et plus viables, permettra aux marchés africains de travailler plus efficacement. Sous l'égide de l'Union africaine, les dirigeants africains visent à établir la CEA comme la dernière des six étapes successives qui impliquent le renforcement de la coopération sectorielle et la mise en place d'une union douanière continentale, d'un marché commun et d'une union monétaire et économique. Le marché unique contribuera également à développer le commerce intra-africain grâce à une meilleure harmonisation et une coordination des régimes de libéralisation et de facilitation du commerce entre les Communautés économiques régionales (CER), apprend-on. « Cela aidera à résoudre les défis des adhésions multiples et qui se chevauchent et à combler le fossé entre les CER contiguës, ouvrant ainsi le potentiel commercial inter-CER à travers le continent », ont déclaré Ngwenya et Sezibera dans un document conjoint. « L'élimination des droits de douane aidera les pays africains à stimuler la croissance économique, à transformer leurs économies et à atteindre les ODD. En outre, l'impact positif de la Zlec devrait être encore plus important si les mesures non tarifaires sont prises en compte, si le commerce informel est intégré dans les circuits officiels et si l'accord inclut aussi le commerce des services », ajoutent-ils. Transport transfrontalier: des efforts vers plus d’intégration dans la zone Cemac L’intégration sous régionale en zone Cemac fait ses petits pas. Après les projets de construction d’un pont sur le fleuve Logone  entre le Cameroun et le Tchad, la construction de la route Sangmélima-Ouesso entre le Cameroun et le Congo, le rallongement de la ligne de chemin de fer du Cameroun au Tchad, etc. Un nouveau projet intégrateur prend de plus en plus forme, c’est celui de construction d’un pont entre le Cameroun et la Guinée équatoriale sur le fleuve Ntem. Certes, le  Cameroun et la Guinée équatoriale ne se sont pas encore entendus sur le tracé de ce pont sur le Ntem reliant les deux pays. Le sujet était encore sur la table des discussions, le 1er février dernier à Douala,  au cours de la 2ème réunion relative à la réalisation du pont sur le fleuve Ntem, sur la transnationale Kribi-Campo-Bata. Du comité final de ces travaux, on peut lire que «les discussions ont convergé vers une variante consensuelle qui sera développée dans la suite du projet. L’annexe 1 au mémorandum d’entente, arrêtant le choix définitif de la variante, sera signée en alternat à la diligence de la Ceeac au plus tard le 15 mars 2019». En effet, le tracé retenu par le Cameroun est la variante 2, située à 450 mètres de l’embouchure du fleuve Ntem. Ses avantages ont été présentés par la délégation du camerounaise qui a du reste indiqué que la variante 1 était incompatible avec les perspectives de développement de la ville de Campo, au Cameroun. Le tracé retenu par la Guinée équatoriale est la variante 1, située à 250 mètres de l’embouchure du Ntem. Ses avantages ont été présentés par la délégation équato-guinéenne qui a précisé que la variante 2 est incompatible avec le plan de développement de la ville de Rio Campo, en Guinée équatoriale. Le seul point sur lequel, les Etats-parties sont tombés d’accord pour l’heure, concerne le type de pont à construire. Ce sera «un pont caisson en béton précontraint construit par encorbellements successifs comme solution de base et pont à structure mixte acier béton en solution variante». Mais les deux pays ont lancé un appel à la Commission de l’Union africaine, à l’Agence du Nepad, à la Banque africaine de développement, aux partenaires bilatéraux et multilatéraux et à l’ensemble de la communauté internationale, à accroître leur soutien à la réalisation de ce projet intégrateur.    

 

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