À Meyo, sur l’axe autoroutier Yaoundé–Nsimalen, le projet de complexe pharmaceutique porté par le groupe Yicheng Pharmaceutical Group Fabrication Co. Ltd franchit une étape clé. Le 3 mars 2026, le promoteur et PDG de l’entreprise, Idriss Confiance Mbe, a accueilli une délégation de plus de trente ingénieurs chinois venus accompagner la phase finale des travaux de cette infrastructure industrielle dont l’investissement global est estimé par l’entreprise à 530 milliards de FCFA.
Cette mission technique intervient dans un contexte marqué par l’accélération du chantier. Les experts mobilisés interviennent dans plusieurs domaines stratégiques liés aux dernières étapes de réalisation : finitions industrielles, installation et calibration des équipements, systèmes électroniques, procédés de transformation énergétique ou encore aménagement des infrastructures. Leur objectif principal consiste à superviser les installations critiques et préparer la mise en service progressive de certaines unités du complexe.
Lors d’une séance de travail organisée sur le site, Idriss Confiance Mbe a fixé à ses collaborateurs un délai de trois mois pour l’achèvement de cette phase opérationnelle. Le dirigeant a souligné l’importance de cette séquence pour la concrétisation d’un projet qu’il présente comme structurant pour l’avenir de l’industrie pharmaceutique au Cameroun et dans la sous-région.
Un projet industriel dans un secteur encore largement dépendant des importations
Selon les responsables du projet, la première phase des travaux, estimée à près de 30 milliards de FCFA, affiche aujourd’hui un taux d’avancement d’environ 60 %. À terme, l’ambition du complexe est de produire localement une large gamme de médicaments afin de contribuer au renforcement de l’autonomie pharmaceutique nationale et régionale.
L’enjeu s’inscrit dans un contexte où la production locale demeure marginale dans l’approvisionnement du marché camerounais. Malgré la présence d’une quinzaine d’unités industrielles, les fabricants nationaux ne couvrent qu’environ 5 % de la demande en médicaments et consommables médicaux, selon des données du Comité de compétitivité rattaché au ministère de l’Économie. Dans le même temps, les importations de produits pharmaceutiques ont fortement progressé, passant de 69,5 milliards de FCFA en 2010 à près de 170 milliards de FCFA en 2024. Au-delà de la dimension industrielle, le projet Yicheng vise ainsi à réduire la dépendance aux approvisionnements extérieurs, à améliorer l’accessibilité des traitements et à contribuer à la lutte contre la circulation de médicaments contrefaits ou de qualité douteuse sur le marché régional.
Un test grandeur nature pour l’industrialisation pharmaceutique
Le développement de ce complexe intervient dans un environnement marqué par plusieurs contraintes structurelles qui freinent l’essor du secteur : coûts élevés de production, équipements parfois insuffisants, concurrence des circuits informels et fiscalité jugée contraignante par les opérateurs.
Dans ce contexte, le projet Yicheng constitue un test industriel d’envergure pour la stratégie de substitution aux importations dans le domaine pharmaceutique. Sa réussite dépendra désormais de la capacité des équipes techniques à respecter les délais annoncés, à assurer la mise en service effective des installations et à transformer cet investissement de 530 milliards de FCFA en une capacité de production opérationnelle.
Une fois leur mission achevée au Cameroun, les ingénieurs chinois devraient poursuivre leur accompagnement technique dans un autre pays d’Afrique centrale, illustrant la dimension régionale du programme industriel porté par le groupe.
À travers ce projet, le Cameroun ambitionne progressivement de renforcer son positionnement dans la chaîne de valeur pharmaceutique en Afrique centrale, dans un contexte où les enjeux de souveraineté sanitaire et de diversification industrielle occupent une place croissante dans les politiques économiques.
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